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Vous reprendrez bien un peu d'eau ?

La Chine au présent | 16.11.2015 16h37

C'est très tôt que les Chinois se sont rendus compte que l'eau 水 (shuǐ) était source de toute vie. En effet, dans le Registre des Racines et des Herbes on trouve cette phrase : 水为万化之源(shuǐwéiwànhuàzhīyuán) : l'eau est à la source de toute chose. L'eau est un des Cinq Éléments et dans le classique taoïste Daodejing, on trouve plusieurs passages qui disent que « la plus grande vertu est pareille à l'eau » 上善若水 (shàngshànruòshuǐ) car « elle est bénéfique aux Dix Mille Choses et ne rentre jamais en conflit » 水善利万物而不争 (shuǐshànlìwànwùérbùzhēng). Cela montre que les Chinois aiment l'eau et lui donnent une signification particulière.

Le caractère de l'eau水(shuǐ), souvent utilisé comme composant graphique sous sa forme simplifiée 氵, représentait en graphie ancienne un cours d'eau.

Pays du thé, qui se dit 茶水 (cháshuǐ) pour la boisson, la Chine accorde aussi beaucoup d'importance à la qualité de l'eau 水质 (shuǐzhì). Ainsi dans le Classique du Thé de Lu Yu (733-804) qui date de l'époque Tang, un chapitre entier est consacré à l'eau. On y trouve une classification des différents types d'eau en fonction de leur qualité : l'eau de montagne 山水 (shānshuǐ), l'eau des rivières 江水 (jiāngshuǐ), et l'eau du puits 井水 (jǐngshuǐ). Aujourd'hui, pour boire son thé, il n'est plus nécessaire d'aller la chercher sur la montagne ni à la source, car on la trouve en bouteille 瓶子 (píngzi) pour l'eau minérale 矿泉水 (kuàngquánshuǐ) ou au robinet après l'avoir filtrée 过滤 (guòlǜ) pour l'eau courante 自来水 (zìláishuǐ). Les Chinois ne boivent en général que de l'eau chaude 开水 (kāi shuǐ) et quand vous êtes malade, on vous dira toujours de « boire beaucoup d'eau » 多喝水 (duōhēshuǐ).

La Chine compte un nombre innombrable de fleuves, rivières, lacs, mers et autres étendues aquatiques que l'on regroupe sous l'appellation 江河湖海 (jiānghéhúhǎi) ou littéralement « fleuve, rivière, lac, mer ». Rien que pour désigner un cours d'eau, on trouve trois appellations différentes : 江 (jiāng) comme dans « le long Fleuve » 长江 (chángjiāng), 河 (hé) comme dans « le fleuve Jaune » 黄河 (huánghé) et 川 (chuān) qui est un pictogramme qui représente de façon stylisée les berges d'un cours d'eau avec l'eau qui coule en son milieu.

Lorsque l'on parle des « fleuves et des montagnes » (héshān), on parle en fait d'un pays et lorsque l'on veut dire que c'est un beau pays, on dira 大好河山 (dàhǎohéshān) « beaux fleuves et grandes montagnes ». On peut aussi dire « montagnes claires et jolie eau » 山清水秀 (shānqīngshuǐxiù) pour décrire un joli endroit.

Depuis l'Antiquité, les Chinois ont dû faire face à de nombreuses inondations 水灾 (shuǐzāi) et problèmes de sécheresse 旱灾 (hànzāi). L'impétueux fleuve jaune 浩浩荡荡的黄河 (hàohàodàngdàngdehuánghé), dont le lit 河床 (héchuáng) se déplaçait sur des centaines de kilomètres de distance ou rompait les digues 决堤 (juédī) et le Yangtsé inondait régulièrement les plaines centrales. La légende du Grand Yu qui dompte les eaux 大禹治水 (dàyǔzhìshuǐ) raconte l'histoire de ce combat des Chinois contre les inondations 洪灾 (hóngzāi) du fleuve Jaune. C'est certainement de là que vient cette habitude chinoise de changer le cours des fleuves et des rivières 改河道 (gǎihédào), de construire des digues et des barrages 建堤坝 (jiàndībà) et de creuser des canaux 挖运河 (wāyùnhé). Ce sont les Chinois qui ont construit le premier barrage du monde au Sichuan à Dujiangyan il y a 2 200 ans, c'est le 都江堰 (dōujiāngyàn) (classé à l'UNESCO). Ils ont aussi creusé le canal le plus long du monde : le Grand Canal 大运河 (dàyùnhé) dont la construction a débuté il y a 1 400 ans. C'est encore eux qui ont érigé ce colossal barrage sur le Yangtsé dans les Trois Gorges : 三峡大坝 (sānxiádàbà) le barrage des Trois Gorges dont la construction s'est achevée en 2006.

« Sur le long fleuve de l'histoire » 历史长河中 (lìshǐchánghézhōng) comme on dit en chinois, on s'aperçoit que le leitmotiv de réguler les cours d'eau est omniprésent dans l'histoire chinoise.

Quand les francophones disent « chercher une aiguille dans une botte de foin », les Chinois disent « chercher une aiguille dans la mer » 大海里捞针 (dàhǎilǐlāozhēn), tâche effectivement beaucoup plus ardue. Attention toutefois à ne pas boire la tasse ! 小心别呛水!(xiǎoxīnbiéqiàngshuǐ)

(Rédacteurs :Yin GAO, Wei SHAN)
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