Dernière mise à jour à 08h32 le 02/02

Page d'accueil>>Culture

Le "Blanc de Chine": entre tradition et modernité

Xinhua | 02.02.2019 08h24
  • Le

    1/3(Photo source: Qiu Shuangjiong)

  • Le

    2/3(Photo source: Su Xianzhong)

  • Le

    3/3(Photo source: Lian Zihua)

Dans le Fujian, au sud-est de la Chine, Dehua vit au rythme des fours, qui ont commencé à cuire la céramique dès la période néolithique. Mais avec l'introduction des techniques modernes, le secteur a opéré une révolution industrielle inédite au cours des quarante dernières années.

Lorsque Marco Polo ramène les porcelaines blanches de Dehua de son périple asiatique, l'Europe est conquise par le "Blanc-de-Chine", comme l'appelleront plus tard les Français. Dès lors, la porcelaine devient un produit majeur des Routes maritimes de la soie, connectant la Chine au reste du monde. Ce n'est d'ailleurs qu'au XVIIIe siècle que les premières fabriques européennes voient le jour, comme à Meissen, Saint-Cloud ou Chelsea.

LE FOUR COMME POINT DE DEPART

Avec la hausse de la demande, les techniques traditionnelles effectuent un bond en avant, en vue d'augmenter la production. C'est ainsi que le four en arc est inventé en 1094, par un certain Lin Bing pour remplacer les fours de petite taille. Le procédé, qui consiste à installer des cheminées et à relier des fours en gradins à flanc de colline, permet d'augmenter considérablement la température - rendant les porcelaines plus blanches - et de cuire des centaines de milliers de pièces à la fois.

Pendant les 900 années qui suivent, Dehua continue ainsi d'utiliser le four de Lin Bing. Il faut attendre les années 1980 pour voir le troisième bouleversement intervenir, avec le remplacement quasi-total des fours à bois par les fours à gaz et les fours électriques. Ces derniers sont alimentés par les centrales hydroélectriques installées sur les nombreux cours d'eau que compte la région. Avec une heureuse conséquence : les fours n'utilisant plus le bois comme combustible, la nature a pu reprendre ses droits. Aujourd'hui, la "capitale mondiale de la porcelaine" (titre décerné par l'UNESCO en 2015) est recouverte de verdure.

Qiu Shuangjiong, 86 ans, a fait partie de l'équipe dirigeante de Dehua à l'époque. Il est l'un des initiateurs de cette transformation : "le four électrique a rendu possible ce qui était jusqu'alors impossible. Les anciens fours étaient limités par leurs ouvertures. Désormais, on fabrique des fours électriques de toute dimension et de toute forme, contrôlés automatiquement. Si les usines possèdent des fours-tunnels pour la production de masse, on peut tout aussi bien installer un petit four à la maison." Et de conclure, non sans fierté : "en fait, Dehua a introduit l'entrepreunariat de masse dès les années 1980 !"

L'HERITAGE DE HE CHAOZONG

La sculpture de la porcelaine de Dehua, inscrite au patrimoine immatériel chinois, a connu son apogée sous la dynastie Ming (1368-1644), avec He Chaozong en tête de ses grands maîtres. En parvenant à reproduire le tracé des draperies en soie, il a donné une nouvelle dimension à l'art sculptural. Sa technique a d'ailleurs été reprise dans la sculpture sur d'autres matières, comme la pierre, le bois ou l'ivoire.

Lian Zihua, Maître d'art national, a passé un an à créer une statue de Bouddha incrustée de plus de 5 000 pierres précieuses. Il explique : "il faut tout d'abord être en mesure de copier He Chaozong pour pouvoir développer son propre style. Maintenant les 72 procédures de la fabrication ont été considérablement améliorées. Techniquement, on peut donc créer des produits qu'il n'avait pas les moyens de faire. Mais sur le plan spirituel et esthétique, c'est difficile à dire..."

Su Xianzhong, maître céramiste, lui, préfère en plaisanter : "en tant que sculpteur, qui ne voudrait pas surpasser He Chaozong ? Nous sommes tous ses héritiers et nous tenons tous notre inspiration de son art. Mais je ne veux pas le diviniser. Lorsque je le rejoindrai dans l'au-delà, nous prendrons un verre ensemble et je lui dirai : j'ai fait des choses que tu n'as pas faites !"

UNE INDUSTRIE FLORISSANTE

Avec la sculpture, l'artisanat de Dehua compte également deux autres catégories - la vaisselle et les articles destinés à l'exportation - qui représentent à elles deux 65% de la production de porcelaine locale. Parfait exemple de ce dynamisme commercial, le groupe Shunmei, est passé en 30 ans d'un petit atelier familial, à une entreprise comptant 3.000 employés, une filiale allemande, et des clients dans le monde entier.

Si le coeur de métier demeure la céramique, les méthodes et les process sont ultra-modernes avec des investissements importants dans la recherche et le développement, une conception adaptée aux cultures locales et des normes rigoureusement contrôlées, indique Zheng Pengfei, directeur général. A ses yeux, "c'est la combinaison de tous ces facteurs qui assure la stabilité de la demande".

Toutefois, depuis plusieurs années, une nouvelle industrie est en plein essor à Dehua, en parallèle des produits traditionnels. En effet, grâce à une coopération avec des établissements de recherche de premier rang, voire le recrutement de scientifiques, les entreprises ont été en mesure de réaliser de nouvelles percées aboutissant à la production des céramiques spéciales. Un secteur de niche qui comprend, entre autres exemples, matériaux à haute conductibilité thermique ou ultradurs, garniture de gilets pare-balles, prothèses dentaires ou carrelages atténuateurs de son.

Au fil des millénaires, Dehua a ainsi trouvé le parfait équilibre entre tradition et modernité. Entre le temps lent de la cuisson, et celui, brutal, de l'innovation, la céramique de Dehua, avec ses artisans et son industrie, offre plus que jamais des perspectives infinies.

(Rédacteurs :Gao Ke, Yishuang Liu)
Partagez cet article sur :
  • Votre pseudo
  •     

Conseils de la rédaction :