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Vivre sous la surface du sol

le Quotidien du Peuple en ligne | 10.07.2017 14h37
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    1/6Les maisons d'habitation souterraines étaient monnaie courante à Pinglu, où les pierres sont rares et le terrain riche en lœss solide. (Photo : Liu Wenli et Sun Ruisheng / China Daily)

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    2/6Une femme âgée assise devant sa demeure souterraine à Pinglu, dans la Province du Shanxi. (Photo : Liu Wenli et Sun Ruisheng / China Daily)

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    3/6La maison souterraine est creusée sur un plateau de lœss plat et épais. (Photo : Liu Wenli et Sun Ruisheng / China Daily)

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    4/6La maison de Wang Shouxian, qui aurait plus de 300 ans, est l'une des mieux conservées des habitations souterraines de la région. (Photo : Liu Wenli et Sun Ruisheng / China Daily)

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    5/6Une villageoise à l'intérieur de sa maison troglodytique. (Photo : Liu Wenli et Sun Ruisheng / China Daily)

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    6/6Wang Shouxian est l'un des rares qui sait encore comment construire ce genre de logements. (Photo : Liu Wenli et Sun Ruisheng / China Daily)

En Chine, les maisons troglodytiques ont une histoire de plus de 4000 ans et sont typiques de la région Sud de la Province du Shanxi, où les pierres sont rares.

Lorsqu'on lui a demandé depuis combien de temps sa famille vit dans sa demeure souterraine de Pinglu, dans la Province du Shanxi (Nord de la Chine), Wang Shouxian, vétérinaire âgé de 70 ans, a donné une réponse rarement entendue en Chine, où la durée de vie moyenne des bâtiments est de 30 ans : « plus de 300 ans ».

Non seulement M. Wang est né dans cette habitation troglodytique, mais son père, son grand-père et son arrière grand-père aussi.

Comme l'arbre généalogique de sa famille a été brûlé au cours de la « révolution culturelle » (1966-1976) en tant qu'adieu symbolique à un passé « révolu », M. Wang compte sur la mémoire pour raconter l'histoire de sa famille.

« Il y avait une route importante près d'ici. Alors, mes ancêtres ont construit cette demeure souterraine comme une halte pour accueillir pour les gens de passage. La plupart des personnes âgées du comté connaissent l'Hôtel de la famille Wang », a dit M. Wang.

Le mur face à son lit, qui est couvert de dizaines de photos décolorées datant de plusieurs décennies, lui rappelle sa grande famille. Mais aucun de ses trois fils ni ses petits-enfants, qui travaillent et étudient dans le centre-ville du comté, n'est disposé à habiter dans cette maison troglodytique.

Depuis que sa femme est morte il y a plusieurs années à l'âge de 67 ans, M. Wang est le seul habitant de sa demeure souterraine. Il y avait des centaines de ces logements avant les années 1980, mais la plupart se sont effondrées après le départ des jeunes et la mort des personnes âgées.

Les habitations troglodytiques datent de plus de 4 000 ans, et sont typiques de la région Sud du Shanxi, où les pierres sont rares et le sol riche en lœss solide, apporté par le fleuve Jaune depuis le désert de Gobi.

M. Wang a été nommé expert en patrimoine culturel immatériel par l'autorité provinciale en 2008 parce qu'il est l'un des rares aujourd'hui qui sait encore comment construire ce genre de logements.

Selon M. Wang, ces logements ne sont pas si difficiles à construire, mais « coûteux à entretenir ».

Pour créer le logement, une fosse d'une superficie d'environ 200 mètres carrés et de 7 à 8 mètres de profondeur, est creusée sur un plateau de lœss plat et épais, avec un emplacement soigneusement choisi par les maîtres feng shui comme cœur de la maison. Le fond de la fosse est la cour, et des grottes à voûte cintrée sont ensuite creusées sur les côtés de la fosse, constituant les diverses pièces.

Un couloir sinueux menant au fond de la fosse est creusé comme seul moyen d'entrer et de sortir de la résidence. Mais l'entrée du couloir est toujours cachée pour maintenir les possibles intrus à l'extérieur.

Dans la cour, il y a un puits, qui recueille également la pluie pour une utilisation quotidienne, et un puisard pour les eaux usées.

Sur le toit plat du logement se trouvent deux rouleaux de pierre.

M. Wang a précisé qu'il utilise les rouleaux pour damer la terre afin de la rendre compact et solide. L'herbe qui pousse sur le dessus de la plate-forme doit néanmoins être retirée régulièrement, car les racines peuvent endommager la couche de terre.

Si l'entretien n'est pas fait en temps opportun, le lœss peut se détacher et les grottes en arc s'effondrer.

Outre soigner le bétail dans les villages voisins, M. Wang passe la plupart de son temps à réparer et renforcer sa maison.

Les documents anciens montrent que les résidents locaux ont conçu ce genre de structure souterraine pour se mettre à l'abri des bêtes sauvages, ainsi que du vent.

D'après les archéologues, ces habitations souterraines rappellent la vie des premiers humains dans les grottes.

Les voisins de M. Wang disent quant à eux que son logement souterrain a un bon feng shui, parce que la plupart des bébés nés dans sa maison au cours des 15 dernières générations depuis la dynastie Qing (1644-1911) sont des hommes.

M. Wang et sa femme ont ouvert leur maison aux touristes dans les années 1980, et ils ont disposé des petits carnets pour permettre aux visiteurs d'enregistrer leurs réactions.

Parmi les commentaires, on en voit certains comme « Merci de nous avoir divertis dans votre fascinante et inhabituelle maison. J'avais déjà entendu parler de cet endroit, mais je ne l'avais jamais vu. Une vie très confortable », a ainsi écrit Natalia Read, une visiteuse venue de Londres en avril 2012.

Wang Fang, un voyageur de Pinglu et qui vit maintenant à Shanghai, a quant à lui écrit en août 2014 : « J'ai grandi dans une habitation souterraine à Pinglu. Aujourd'hui, elle n'apparaît plus que dans mes rêves. Merci d'avoir conservé mon rêve et ma maison ... ».

Selon M. Wang, un ancien soldat japonais avait même amené les membres de sa famille habiter un temps dans la maison troglodytique dans les années 1980.

« Il disait qu'il avait vécu dans une maison de ce genre pendant la guerre et qu'il l'avait beaucoup aimée », a dit M. Wang.

Aujourd'hui, une des grandes inquiétudes de M. Wang est que la grotte s'effondre après qu'il aura disparu.

« Personne ne veut apprendre à les construire et y vivre, parce que cela demande trop de travail, et le gouvernement dit que ces logements constituent aussi un gaspillage de terres », a conclu M. Wang.

(Rédacteurs :Guangqi CUI, Wei SHAN)
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