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L'étrange remède de Bruxelles au manque de compétitivité des véhicules électriques européens

le Quotidien du Peuple en ligne 22.09.2026 11h20

Le problème de l'industrie automobile de l'Union européenne ne réside pas dans une compétitivité chinoise excessive, mais dans une compétitivité européenne insuffisante. Les constructeurs chinois ont passé des années à développer leur envergure dans les domaines des batteries, des logiciels, des chaînes d'approvisionnement et des plateformes électriques. À l'inverse, les constructeurs européens ont dû faire face à une énergie coûteuse, à des frais de production élevés, à une incertitude réglementaire et à la transition complexe des moteurs thermiques traditionnels vers les motorisations électriques.

Aucun de ces problèmes ne peut être résolu en restreignant l'accès des véhicules électriques chinois au marché du bloc.

C'est pourtant ce que propose la Commission européenne. Selon le Financial Times, la Commission souhaite que la Chine limite « volontairement » la part des véhicules hybrides chinois à environ 15 % du marché de l'Union européenne, sous peine de se voir imposer des droits de douane plus élevés.

Le terme « volontaire » pose un problème évident. Un choix effectué sous la menace de droits de douane accrus s'apparente à une demande polie de quitter une soirée alors qu'un videur se tient juste derrière vous. Rebaptiser le protectionnisme ne le rend pas moins protectionniste pour autant. Le ministère chinois du Commerce affirme que de telles restrictions « volontaires » à l'exportation violent les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), contreviennent aux principes de l'économie de marché et nuisent à une concurrence loyale. Tout accord, soutient-il, doit équilibrer les intérêts des deux parties et respecter tant les règles de l'OMC que le droit interne.

La proposition de l'Union européenne constitue également une suite singulière à la tentative précédente de régler le différend concernant les véhicules électriques fabriqués en Chine. Après des mois de négociations, l'Union européenne a convenu en janvier d'accompagner les constructeurs chinois désireux de proposer des engagements de prix en guise d'alternative aux droits compensateurs. La Commission avait promis un traitement objectif et non discriminatoire, conforme aux règles de l'OMC. Cet arrangement démontrait que les deux parties étaient capables de gérer un différend complexe sans transformer chaque désaccord en guerre douanière.

Bruxelles ne devrait pas, à présent, gâcher ce modeste succès. Imposer des restrictions aux véhicules électriques chinois revient à adopter une politique du passé tout en prétendant défendre l'avenir.

Les constructeurs automobiles européens ont largement profité du marché chinois. Pendant des décennies, les marques européennes ont vendu des véhicules aux consommateurs chinois, développé leur production en Chine et y ont engrangé des bénéfices substantiels. La Chine n'a jamais demandé aux entreprises européennes de céder « volontairement » une part du marché chinois pour protéger son industrie nationale. Le fait que certains modèles de voitures européennes parmi les plus vendus en Chine aient vu leur prix chuter de plus de 50 % ces derniers mois sous l'effet de la concurrence - tout en restant rentables - en dit long sur les profits astronomiques que ces entreprises ont réalisés en Chine au cours des dernières décennies.

L'Union européenne devrait s'attacher à remédier aux faiblesses de son industrie automobile qui ont nui à la compétitivité de ses entreprises. Cela implique de disposer de batteries plus compétitives, d'une énergie moins coûteuse, d'une innovation plus rapide, d'infrastructures de recharge améliorées et d'un cadre réglementaire offrant aux constructeurs une visibilité suffisante pour investir. Protéger les entreprises européennes de la concurrence peut certes préserver des parts de marché à court terme, mais cela ne garantit pas leur supériorité technologique pour l'avenir.

La situation énergétique délicate de l'Union européenne confère à cet enjeu une importance accrue. Pour les ménages européens confrontés à un coût de la vie élevé, un véhicule électrique abordable ne relève pas de l'abstraction géopolitique, mais constitue une solution rationnelle pour alléger les dépenses du foyer. Si les véhicules électriques chinois offrent un rapport attractif entre prix, autonomie et technologie, les consommateurs ont des raisons tout à fait légitimes de les acquérir. Bruxelles a beau déplorer cette réalité, elle ne peut l'effacer par la simple vertu de la loi.

Les prochaines consultations entre la Chine et l'Union européenne, prévues en octobre, devraient donc viser à rendre opérationnels les accords existants plutôt qu'à manipuler les attentes du marché en brandissant la menace de nouveaux droits de douane. L'Union européenne a déjà démontré que des solutions négociées dans le respect des règles de l'OMC sont possibles. Elle ne devrait pas vider de leur substance les cycles de négociations précédents en les remplaçant par un système de quotas déguisé en « concession volontaire ».

Un critère simple permet d'évaluer la politique industrielle de l'Union européenne : renforce-t-elle la compétitivité des entreprises européennes ou se contente-t-elle de compliquer la tâche de leurs concurrents ? La première approche relève de la compétitivité, la seconde du protectionnisme.

L'Union européenne est tout à fait en droit de rivaliser avec la Chine. En revanche, elle ne saurait attendre de la Chine qu'elle facilite cette concurrence en acceptant de perdre « volontairement ».

(Web editor: Qianqian Wu, Yishuang Liu)