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Le « Made in China » injustement mis en cause pour les problèmes du « Made in Germany »
Lorsque l'Institut économique allemand a dévoilé sa dernière analyse des données de la Bundesbank, certains ont été surpris de constater qu'au premier semestre 2026, les investissements des entreprises allemandes en Chine avaient augmenté d'un tiers sur un an pour atteindre 5,6 milliards d'euros (6,47 milliards de dollars), alors que les investissements aux États-Unis s'effondraient de près des deux tiers, tombant à environ 4,3 milliards d'euros.
Jürgen Matthes, chercheur au sein de l'institut, a affirmé sans fondement que cette poussée était due à des « subventions publiques » et à un « yuan sous-évalué » rendant la production en Chine « artificiellement bon marché ». Il a mis en garde contre le transfert de la production et des emplois vers la Chine et a exhorté l'Union européenne à mettre un terme à ce « jeu déloyal » par des mesures restrictives compensatoires.
Toutefois, dans ce qui s'apparente à un modèle de contradiction interne, M. Matthes décrit aussi la Chine à la fois comme un marché de vente important et comme une « salle de sport » où les entreprises allemandes renforcent leur compétitivité ; il laisse ainsi entendre que ce qui attire les investissements allemands, ce sont les opportunités de marché, la R&D et l'environnement des affaires. Le problème de cet argument contradictoire est qu'il présente l'avantage chinois comme le fruit d'une « distorsion » interne et la faiblesse allemande comme la conséquence d'une « menace » extérieure.
Une salle de sport est un environnement exigeant où les entreprises doivent s'améliorer, innover et rivaliser, sous peine de perdre du terrain. Si les entreprises allemandes se développent en Chine, ce n'est pas simplement pour rechercher une main-d'œuvre bon marché, celle-ci étant moins coûteuse dans de nombreux autres pays. Elles visent un marché vaste et sophistiqué, des cycles de production rapides, des fournisseurs compétents et des concurrents redoutables. Une enquête menée en 2026 par la Chambre de commerce allemande en Chine a révélé que 61 % des entreprises allemandes présentes dans le pays prévoyaient d'y accroître leurs investissements au cours des deux années suivantes, soit la proportion la plus élevée depuis 2023.
Les entreprises allemandes investissent parce qu'il y a des clients, que l'application des technologies progresse et que les opportunités commerciales sont bien réelles.
Le fait que M. Matthes reconnaisse la Chine comme un marché de vente vital bat également en brèche un autre récit occidental erroné : celui selon lequel l'excédent commercial de la Chine constituerait un avantage « déloyal » obtenu au détriment des économies développées. Si la Chine n'était qu'une source de « pillage » économique, les entreprises allemandes se retireraient au lieu de renforcer leur présence. Elles y mènent une concurrence active et y réinvestissent. Il s'agit là d'une relation commerciale complexe, fondée sur le principe « gagnant-gagnant ».
Il convient de rappeler aux chercheurs occidentaux, prompts à rejeter la faute sur l'extérieur, que chacun doit d'abord balayer devant sa propre porte. Désigner la Chine comme bouc émissaire des défis structurels auxquels sont confrontées les économies occidentales est une stratégie vaine. Si certains responsables politiques s'y adonnent, cela ne sied pas aux chercheurs, tenus d'analyser les causes profondes des difficultés de leur pays.
En Allemagne, les coûts de l'énergie demeurent structurellement élevés. Au second semestre 2025, le prix de l'électricité industrielle pour les entreprises de taille moyenne avoisinait les 22,64 centimes d'euro par kilowattheure, soit plus du double du tarif en vigueur aux États-Unis. Les prix du gaz de gros restent environ deux fois supérieurs à leur niveau d'avant la crise ukrainienne. L'attitude de Berlin, qui a choisi de faire l'impasse sur la question de la destruction des gazoducs Nord Stream, n'a fait que renforcer les doutes quant à sa stratégie énergétique.
La réglementation constitue un autre frein. La Chambre de commerce et d'industrie allemande estime que les contraintes bureaucratiques directes coûtent 64 milliards d'euros par an au pays, un chiffre qui grimpe à environ 146 milliards si l'on inclut les pertes économiques indirectes. Parallèlement, la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, les pressions démographiques et les coûts liés à la transition écologique pèsent sur l'investissement.
Dans ce contexte, peut-on réellement imputer la vague de licenciements touchant nombre des plus grandes entreprises allemandes au fait que la Chine « vole » des emplois allemands ?
De retour de Chine en février, le dirigeant allemand a tenu des propos qui s'imposaient : « Avec une semaine de quatre jours et la recherche d'un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, nous ne pourrons pas préserver la prospérité de ce pays ». Il est regrettable qu'un réalisme aussi lucide ait une durée de vie aussi courte.
Les capitaux allemands se dirigent là où ils peuvent fructifier, être compétitifs et rester pertinents. Si Berlin souhaite inverser cette tendance, il doit cesser d'élaborer des projets de droits de douane pour s'atteler à la tâche ardue qui lui incombe. Le problème de l'Allemagne ne vient pas du « Made in China », mais du « Made in Germany ».

