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Le commerce entre la Chine et l'Europe va bien au-delà des marchandises

le Quotidien du Peuple en ligne 04.09.2026 10h56

Les services offrent un potentiel inexploité pour renforcer les liens économiques bilatéraux

Les relations commerciales entre la Chine et l'Union européenne (UE) subissent des tensions après la publication, à la mi-juillet, des dernières données douanières, faisant état d'un excédent record au premier semestre 2026.

Pourtant, une vision plus large donne une image plus nuancée. Par exemple, une part considérable de ces échanges est générée par des entreprises européennes opérant en Chine, dont 40 % de la production est réexportée vers l'Europe, ce qui laisse à la Chine l'excédent commercial et à l'UE les bénéfices.

Alors que le 15e Plan quinquennal de la Chine (2026-2030) appelle explicitement à un meilleur équilibre entre les importations et les exportations, ainsi qu'à une expansion du commerce des services, les experts estiment qu'il existe un immense potentiel de coopération mutuellement bénéfique dans ce dernier secteur.

Alex Zhou, consultant au sein de China Macro Group, une société de conseil et de recherche macroéconomique, estime que les termes précis employés dans le Plan permettent de comprendre à quel point la Chine est réellement engagée.

Betty Wang, responsable de la recherche sur l'Asie du Nord-Est au sein du groupe de réflexion britannique Oxford Economics, a souligné que les services représentaient près de 58 % du PIB chinois et près de la moitié de l'emploi total en 2025. Sa part dans la production économique reste inférieure à 70 à 80 % généralement observés dans les économies développées. Ceci laisse penser que cette transformation a encore du chemin à parcourir.

Les médias ont tendance à se concentrer fortement sur le commerce des marchandises, a expliqué Wang. Les services, ainsi que l'ampleur du marché chinois encore inexploité, ont tendance à passer au second plan.

Au-delà des industries de production

Dans de nombreux secteurs de services, les experts y voient un potentiel considérable. Bien que la Chine et l'Europe soient toutes deux des puissances manufacturières, l'industrie manufacturière européenne est davantage orientée vers les services. Il serait plus avantageux pour l'UE d'accroître ses exportations de services aux entreprises vers la Chine.

Plus la production industrielle devient sophistiquée, plus elle dépend des services. Wang cite l'industrie automobile comme exemple.

Lorsqu'un constructeur automobile allemand investit en Chine, il ne vend pas uniquement des véhicules. Les services d'ingénierie conçoivent la manière dont chaque étape de l'assemblage s'articule. Les logiciels industriels coordonnent les machines et les travailleurs. L'optimisation de la chaîne d'approvisionnement et de la logistique veille à ce que des milliers de composants arrivent au bon endroit et au bon moment. Une fois la voiture commercialisée, les services se poursuivent tout au long de son cycle de vie, notamment avec l'entretien, les mises à jour des systèmes et bien d'autres prestations.

Zhou ajoute qu'une part importante des revenus de l'industrie manufacturière européenne provient souvent des services à valeur ajoutée, ainsi que du savoir-faire exclusif qui y est intégré. Même lorsque les prestataires de services ne fabriquent pas eux-mêmes les produits, ils conservent une part importante de la valeur économique grâce aux licences de propriété intellectuelle.

En Chine, les services ne représentaient que 26 % des intrants à valeur ajoutée dans les liens en amont de l'industrie manufacturière. Ce chiffre témoigne d'un « lien faible » entre les services et l'industrie manufacturière en Chine. La Chine doit non seulement apprendre de l'Europe comment approfondir ces liens, mais aussi adopter la « mentalité » qui les sous-tend, estime Zhou.

« On ne peut pas simplement vendre un produit et considérer que tout s'arrête là. »

Comprendre le terrain

Alors que les entreprises chinoises se développent à l'international, les services professionnels offrent un potentiel important de coopération. En Europe, les réglementations sont complexes et couvrent notamment la fiscalité, le droit du travail, la protection des données, l'environnement et la concurrence. Dans cet environnement différent, les entreprises chinoises peuvent avoir besoin de partenaires locaux pour mieux s'orienter.

Selon Miguel Otero-Iglesias, professeur de pratique en économie politique internationale à l'Université IE en Espagne et analyste senior à l'Institut royal Elcano, cette situation rappelle l'expérience déjà vécue par les multinationales américaines et japonaises. La Chine cherche certes à développer ses propres marques de « China Services », mais l'expertise locale reste essentielle : les régulateurs européens sont davantage habitués à travailler avec des conseillers nationaux, ce qui facilite les échanges.

Pour Zhou, l'un des principaux atouts des prestataires européens réside dans leur expérience acquise au fil des décennies auprès d'entreprises souhaitant s'internationaliser. Leur connaissance des pièges à éviter constitue une expertise précieuse pour les entreprises chinoises.

(Web editor: Qianqian Wu, Yishuang Liu)