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Mise à jour 10:37(GMT+8), 25/01/2004
HORIZON  

Zhou Jianqing : L'accueil en Chine à l'établissement de relations diplomatiques avec la France

Il y a 40 ans, l'initiative du Général de Gaulle d'entamer avec le gouvernement chinois des négociations sur la reprise de relations diplomatiques fut accueillie favorablement par les plus hautes autorités chinoises. Un accord essentiel réalisé en deux semaines durant la mission Edgar Faure en Chine, montrait pleinement la bonne volonté et la détermination des deux côtés.

Le gouvernement chinois a fait un accueil favorable à la décision française tout en adoptant une attitude prudente et mesurée. Il a mis en relief sa ferme position contre la création de « deux Chine ».

Le 28 janvier 1964, le lendemain de l'annonce du communiqué conjoint, le pote-parole du ministère chinois des Affaires étrangères fut autorisé à faire la déclaration suivante : « c'est en tant que seul gouvernement légal représentant tout le peuple chinois que le gouvernement de la République populaire de Chine a entrepris des négociations et est parvenu à un accord avec le gouvernement de la République française sur l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays. Selon la coutume internationale, la reconnaissance du nouveau gouvernement d'un pays implique naturellement que l'on cesse de reconnaître la clique dominante renversée par le peuple de ce pays. Par conséquent, les représentants de cette clique dominante ne peuvent plus être considérés comme représentants du nouveau gouvernement dans un seul et même Etat ou dans une même organisation internationale. C'est dans cet esprit que le gouvernement de la République populaire de Chine est parvenu à un accord avec le gouvernement de la République française sur l'établissement de relations diplomatiques et l'échange d'ambassadeurs entre la Chine et la France. Le gouvernement chinois estime nécessaire de réaffirmer que Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois et que toute tentative pour détacher Taiwan du territoire ou pour créer de toute autre manière « deux Chine » est absolument inacceptable pour le gouvernement et le peuple chinois ». Cette déclaration a été faite selon un accord convenu préalablement entre les deux parties. Etant donné que la France avait réitéré sa position de ne pas soutenir des activités visant à créer « deux Chine ».

Le 30 janvier, le Président Mao Zedong reçut la mission française de l'Assemblée nationale dirigée par M. François Bénard. Il exprima ses félicitations à cet évènement, mais formula l'espoir que la France ne suivre pas l'exemple de la Grande-Bretagne sur la question de Taiwan ni ne tomberait dans le piège tendu par les Etats-Unis.

Et la presse chinoise a réservé un accueil chaleureux mais mesuré à la nouvelle. Le 29 janvier, le « Renmin Ribao »(Quotidien du Peuple) publia un éditorial titré : « Saluons l'établissement de relations diplomatiques sino-françaises ». Selon l'éditorial, cet événement est une preuve nouvelle que les complots que tramaient l'impérialisme américain et ceux qui se sont mis à sa remorque pour isoler la Chine sont voués à l'échec ».Tous les autres grands journaux se contentaient de reproduire cet éditorial, et les jours suivants, pendant une semaine, presque tous les journaux ont consacré des colonnes, même des pages entières aux reportages et commentaires de l'étranger dont ceux de dirigeants ou de la presse des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine garnis d'intertitres assez impressionnants, tels que « grand évènement dans la vie internationale », « le prestige de la Chine s'élève sans cesse », « faillite de la politique américain visant à créer ''deux Chine'', etc...

La partie chinoise attachait une grande importance à l'établissement de relations diplomatiques entre les deux Etats. Elle donna son consentement à une formule consistant à annoncer d'abord la reprise de nos relations diplomatiques, pour conduire ensuite à une rupture entre la France et les autorités de Taiwan, sur la base d'un accord tacite aux termes duquel la France reconnut le gouvernement de la République populaire de Chine comme seul gouvernement légal représentant tout le peuple chinois, et prit les obligations correspondantes. C'est sans précédent dans l'Histoire de la diplomatie de la Chine nouvelle et aussi un exemple à suivre : La France fut donc le premier et le seul pays à établir des relations diplomatiques avec la Chine au niveau d'ambassadeurs sans annoncer de rupture avec les autorités de Taiwan. C'est la preuve de l'exceptionnelle importance que la partie chinoise accordait à nouer de rapports avec la France.

Pour la Chine, il s'agissait d'une décision stratégique partant d'une vision globale. A l'époque, le Président Mao avait formulé sa théorie de « deux zones intermédiaires ». Suivant cette théorie, les pays indépendants ou en lutte pour l'indépendance en Asie, en Afrique et Amérique latine, constituent la première zone intermédiaire entre les Etats-Unis et l'URSS. La deuxième s'étend aux pays hautement développés autres que les USA, tels que les l'ensemble des pays de l'Europe occidentale, de l'Océanie, le Japon et le Canada. Victimes du contrôle et de l'intervention des Etats-Unis, les pays appartenant à la deuxième zone intermédiaire chercheraient à se débarrasser de la tutelle américaine. D'après le Président Mao, le bloc occidental n'est pas un seul bloc d'acier. Il mit l'accent sur la distinction à faire entre l'Amérique et l'Europe occidentale, et fit l'éloge du courage du Général de Gaulle qui refusait de soumettre à la volonté américaine. Suivant cette théorie, pour s'unir avec tous les forces susceptibles de l'être dans l'opposition à la double hégémonie américano-soviétique dont l'accent mis sur la lutte contre l'hégémonie américaine, la Chine devait s'efforcer de gagner à elle l'Europe occidentale, tout en développant ses relations d'amitié avec les pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine.

A cette époque, les rapports entre la Chine et l'URSS étaient rompus tandis que la Chine et les Etats-Unis étaient directement face à face. Et les deux superpuissances menaçaient la Chine, l'une au nord, l'autre au sud. Un rapprochement avec l'Europe occidentale était encore plus nécessaire alors pour la Chine, afin de faire échouer la politique américaine visant à l'isoler et à élargir en même temps son terrain de manoeuvre sur le plan international. Par ailleurs, la tendance à l'indépendance et à l'intégration qui se manifestait de plus en plus en Europe occidentale, et l'aggravation des contradictions entre elle et les Etats-Unis étaient autant de facteurs favorables pour la Chine de développer ses relations avec ces pays.

La Chine attachait une importance particulière à la politique d'indépendance nationale et de refus du contrôle américain du Général de Gaulle, politique partagée dans une certaine mesure, par d'autres pays d'Europe. Elle exerçait une influence non négligeable dans le regroupement des forces politiques internationales et dans la lutte contre le contrôle des deux superpuissances sur les affaires mondiales. En tant que grande puissance occidentale, la France jouissait d'un grand rayonnement dans le monde et jouait un rôle prépondérant en Europe occidentale. Pour la Chine, établir des relations diplomatiques avec la France constituait une ouverture en Europe et favorisait le développement de ses relations avec d'autres pays du monde occidental. De plus, cet acte diplomatique porterait un coup dur à la tentative américano-soviétique d'isoler la Chine, contribuerait à renforcer la position internationale de celle-ci et donnerait une dimension nouvelle à sa diplomatie. C'est pourquoi les dirigeants chinois ont saisi la belle occasion offerte par la mission d'Edgar Faure pour réaliser une percée dans ses rapports avec les pays occidentaux.

Le gouvernement chinois jugeait que la portée et les répercussions de l'établissement de relations diplomatiques avec la France dépassent de loin le cadre des rapports bilatéraux, et qu'il y aurait un profond retentissement dans le monde. La haute appréciation de cet événement formulé par le gouvernement chinois est constante depuis quarante ans.

On se souvient que le 3 février 1964, lors de l'escale à Mogadiscio dans le cadre de sa tournée en Afrique, le Premier ministre Zhou Enlai accorda une interview à M. Basile Tesselin, rédacteur en chef de l'Agence France-Presse. Il y indiqua notamment en ces termes: l'établissement de relations diplomatiques entre la Chine et la France constituait un événement important de la situation internationale. La Chine une grande puissance socialiste et la France une grande puissance capitaliste. C'est donc un événement qui, non seulement répondait aux intérêts de leurs peuples respectifs et favorisait le développement de leurs rapports dans les domaines économique, commercial et culturel, mais qui était également favorable à la réalisation de la coexistence pacifique entre pays et systèmes sociaux différents et à la paix mondiale. En adoptant une attitude différente de celle prise par certains pays occidentaux pour décider de nouer des relations diplomatiques avec la Chine, le gouvernement français sous la direction du Général de Gaulle donna un exemple de celui qui osait affronter la réalité et agir en toute indépendance.

Onze ans après, le 13 mai 1975, rappelle-t-on, le vice-Premier ministre Deng Xiaoping effectua en visite officielle en France sur invitation du président Guiscard d'Estaing, première du genre depuis qu'il avait fait ses études en France dans les années 20. Dans son allocution prononcé au cours d'un dîner offert, M. Deng déclara entre autre : L'établissement de relations diplomatiques entre la Chine et la France a tourné une nouvelle page dans l'Histoire de nos rapports bilatéraux. En effet, cet événement, non seulement répond aux intérêts de nos deux peuples, mais correspond aussi parfaitement au courant historique de notre ère.

A l'occasion du 20è anniversaire de cet établissement, le président chinois Li Xiannian a adressé à son homologue français Mitterrand un message de félicitations dans lequel il a souligné : Depuis vingt ans, la pratique a prouvé que la coopération amicale sino-française est pleine de vitalité qu'elle répond aux intérêts fondamentaux de nos deux peuples, mais constitue aussi un facteur de paix de stabilité dans le monde.

Et le 28 janvier 1994, à l'occasion du 30è anniversaire de cet événement, le Premier ministre Li Peng a reçu M. Alain Peyrefitte, envoyé spécial du gouvernement français. A cette occasion, il a indiqué notamment : La décision d'établir des relations diplomatiques entre la Chine et la France a marqué une nouvelle étape dans le développement de nos rapports bilatéraux et exercé de profondes répercussions sur le plan international.

Il faut noter que du 15 au 18 mai 1997, le Président français Jacques Chirac, fidèle successeur de la cause du Général de Gaulle, a effectué sa première visite d'Etat en Chine sur invitation de son homologue Jiang Zemin. Et le 16 les deux présidents ont signé à Beijing la Déclaration commune pour un partenariat global dans les rapports sino-français. Ce document de référence est élaboré autour du concept de multiparité, le partenariat global sert de socle à une coopération qui vise à englober, dans une même dynamique cohérente, les échanges politiques, économiques et culturels entre nos deux pays qui membres permanents du Conseil de sécurité, ont une responsabilité particulière dans les affaires internationales. Ainsi les relations Chine-France sont entrées dans une nouvelle phase historique.

On peut conclure que pour la Chine, l'établissement de relations diplomatiques avec la France n'est pas un expédient visant à obtenir un intérêt déterminé et à court terme, mais aussi décision stratégique pour des intérêts globaux et à long terme.

L'action audacieuse du Général de Gaulle, de la reconnaissance de la Chine nouvelle, au mépris de la pression américaine, a gagné l'admiration et l'estime du peuple chinois. Une enquête d'opinion réalisée en 1988 par le Centre des Hautes Etudes françaises de l'Université de Wuhan montre que, parmi ses actions les mieux connues par les Chinois, la résistance à l'agression d'Hitler et la reconnaissance de la Chine arrivent en tête. Le peuple chinois n'oubliera jamais le courage et la clairvoyance dont le général de Gaulle avait fait preuve en prenant cette grande décision diplomatique.

La Chine et la France sont des pays de poids dans le monde. Il n'y a pas de confits d'intérêts fondamentaux entre nos deux pays. Au contraire, il y a beaucoup de points communs dans les affaires internationales, beaucoup de facteurs objectifs favorables à un développement stable et durable de nos relations d'amitié et de coopération dans tous les domaines.

Dans une vision encore plus globale, il faut apprécier nos relations non seulement en tenant compte du passé, du présent, mais aussi et surtout les mettant dans la perspective du XXIe siècle. Je suis persuadée que les relations entre nos deux pays et nos deux peuples joueront un rôle important dans la paix, la stabilité et la prospérité du XXIe siècle.

Note : Zhou Jianqing, ancien directeur de recherches à l'Institut d'histoire mondiale de l'Académie des Sciences sociales de Chine

---Le Quotidien du Peuple en ligne----




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