Notre Site  Aide  Plan du Site  Archives 
  CHINE
  ECONOMIE
  HORIZON
  MONDE
  SCI-EDU
  SPORTS
  VIE SOCIALE
  ARTICLES
  PHOTOS

  COURRIER
  VOIX DE
      LECTEURS

  APERÇU
  REGIONS
     ADMINISTRATIVES

  ETHNIES
  INSTITUTIONS
  PORTRAITS
  BEIJING
  TIBET
  NOTRE SITE
  PLAN DU SITE
  AIDE
  EMPLOI
Mise à jour 13:48(GMT+8), 20/01/2004
HORIZON  

MEMOIRES d'Alain Peyreffite, grand sinologue : Le Général de Gaulle sur les relations franco-chinoises

A l'occasion du 40è anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France, nous voulons reproduire ici un témoignage un peu inédit des propos du Général de Gaulle au sujet de ses réflexions sur la Chine et les relations futures entre nos deux pays. Ce témoignage avait été évoqué par M. Alain Peyreffite, M. Alain Peyreffite, ancien ministre de l'information et porte-parole du gouvernement, grand sinologue et ami de la Chine, dans un colloque pour marquer le 30è anniversaire de cet établissement. Selon lui, ces propos du Général de Gaulle furent donné, soit en Conseil des ministres, soit lors des entretiens qu'il lui accordait, antérieurs au 27 et au 31 janvier 1964, date de sa conférence de presse sur ce grand évènement.

En voici des extraits d'après l'agenda

LE 6 JUIN 1963

ce fut la première fois que le Général de Gaulle lui parla de la Chine à propos de son entrevue avec Mac Millan, au Château de Champs, trois jours plus tôt :

« Nous avons parlé des Chinois. Mac Millan est inquiet de la masse et de la puissance que représente la Chine, il voudrait l'entourer d'un cordon sanitaire.... J'ai toujours pensé depuis que l'Armée rouge a gagné, que Tchiang Kaishek s'est réfugié à Formose (Taiwan), que l'intérêt du monde, un jour ou l'autre, sera de parler avec eux, de s'entendre avec eux, de faire des échanges avec eux, pour leur permettre de sortir de leurs murailles. Il se pourrait bien qu'un jour ou l'autre, nous soyons amenés à les reconnaître et à donner l'exemple au monde. La politique du cordon sanitaire n'a jamais eu qu'un résultat, c'est de rendre dangereux le pays qui en est entouré. »

LE 7 NOVEMBRE 1962

En Conseil des ministres, on parlait de la Chine après la communication de Couve de Murville (ministre des affaires étrangères), le Général observa :

« Ces deux évènements, la crise de Cuba et le conflit entre la Chine et l'Inde, sont de plus haute importance. Ils ont l'air d'être sans rapport, mais ils se rejoignent. Nous assistons au surgissement de la Chine de l'affrontement de deux énormes masses la Russie et la Chine qui vont se séparer de plus en plus. ... »

LE 24 JANVIER 1963,

Le Général évoqua les sujets à traiter dans une conférence de presse sur la Chine :

« La Chine, voilà encore un grand sujet. Qu'est-elle en train de devenir ? Que représente-t-elle pour les vingt années à venir ?

-Songez-vous toujours à la reconnaître ?

-Oui, naturellement, il faudra bien que je le fasse.

-La Grande-Bretagne l'a bien fait.

-Mais non, enfin elle l'a fait sans le faire. Cela ne nie pas beaucoup à conséquence. Elle a seulement un chargé d'affaires qui sert surtout à maintenir des relations commerciales. Entre eux, il y a Hongkong...

-Le jour où vous reconnaîtrez la Chine, les Américains se déchaîneront.

-Alors ?

-Si nous reconnaissons la Chine, elle finira par entrer à l'ONU.

-Et bien, l'ONU ! ça ne déparerait pas la collection...

LE 13 MARS 1963

A l'issue du Conseil des ministres, Le Général dit :

« Moscou prétendait dire le droit en matière de relations entre les Etats. Or Pékin s'affirme, veut avoir sa politique étrangère, refuse de dépendre de Moscou ... Un jour ou l'autre, les Chinois voudront retrouver leurs frontières de jadis. Ils commenceront par faire retomber dans leur mouvance Hongkong, Macao et Fromose...

Nous n'avons pas à nous mêler de ces querelles, nous avons à être présents. Présents partout : présents à Moscou, présents à Pékin. Il y a quelques choses d'anormal dans le fait que nous n'avons pas de relations avec le pays le plus peuplé du monde, sous prétexte que son régime ne plaît pas aux Américains.... »

LE 23 JUILLER 1963

Au Conseil, Maurice Couve de Murville annonce que les rapports entre l'Union soviétique et la Chine sont au point de rupture. Le Général lui dit :

«....Les Américains, les Anglais et les Russes sont bien incapables de s'opposer à ce que nous faisons les nôtres (expériences nucléaires) et à ce que la Chine fasse les siennes. Or, le seul problème, c'est de la Chine... Si nous reprenons un jour des relations avec Pékin, nous ne reconnaîtrons pas un régime politique en tant que tel ? Nous reconnaissons un fait évident, c'est qu'il y a un Etat qui gouverne la Chine ; il la gouverne depuis 14 ans... »

LE 21 SEPTEMBRE 1963

Au cours de la rencontre à Rambouillet, le chancelier Adenauer, qui doit abandonner ses fonctions un mois plus tard, a abordé avec le Général de Gaulle le thème de la reconnaissance de la Chine lors des entretiens du matin, puis il les reprend l'après-midi et encore le soir au dîner. Une véritable obsession. « Pour nous autres Européens », dit-il en substance, « la Chine n'est pas une menace, mais elle en est une pour l'Union soviétique, parce qu'elles ont huit mille kilomètres de frontières en commun... L'Europe a tout avantage à normaliser ses relations avec la Chine... Pourquoi la France n'enverrait-elle pas un chargé d'affaire en Chine. Ensuite, l'Allemagne fédérale suivrait votre exemple ».

Le Général répond : « Bien sûre, cette idée est dans l'air... mais elle présente de grands inconvénients... C'est gênant à la cause des Américains. Il est vrai que la situation s'est modifiée aujourd'hui, en raison des divergences entre la Russie et la Chine. C'est un fait nouveau qui change les données du problème. »

LE 6 NOVEMBRE 1963,

Alain Peyreffite demande au Général : « Si nous reconnaissons la Chine communiste, est-ce que nous allons recevoir quelque chose en échange ?

-Bien sûr, pourquoi faire des cadeaux si on n'en reçoit pas ? C'est déjà un avantage de pouvoir s'entendre avec les Chinois, ça n'est pas donné à tout le monde.

-Il faut toujours un allé de revers. Cela a toujours été la politique de la France. Les rois de France ont fait alliance avec le Grand Turc contre le Saint-Empire romain germanique ; ils ont fait alliance avec la Pologne contre la Prusse ; ils ont fait alliance avec les Insurgent américains contre l'Angleterre ; moi, j'ai fait alliance avec la Russie pour nous renforcer en face de l'Allemagne ; et aujourd'hui, je fais alliance avec la Chine pour nous renforcer face à la Russie. Enfin, alliance... Nous n'en sommes pas encore là. Il s'agit simplement de renouer des relations... Tout le monde voudrait reconnaître la Chine et vous allez voir que les Etats-Unis vont être obligés de nous suivre... La Chine sera plus tard un immense marché et les premiers qui s'y installeront auront une place privilégiée.

LE 14 NOVEMBRE 1963

A ma question sur le voyage d'Edgar Faure en Chine, le Général me répond :

« Je l'ai envoyé là-bas, enfin, plutôt, disons qu'il s'y est envoyé, et que j'en ai profité pour lui confier une mission exploratoire. On verra bien ce que ça donne. Il m'a déjà fait savoir l'essentiel. Ce n'était qu'un sondage. Maintenant il va falloir négocier et ce sera sûrement long ».

LE 8 JANVIER 1964

Nous avons eu un grand Conseil des ministres. Ces derniers avaient été cueillis à froid quand ils ont été priés de s'exprimer, comme dans les grandes occasions, sur la reconnaissance de la Chine populaire. Presque aucun d'entre eux ne se doutait de ce projet. Maurice Couve de Murville a commencé par parler dune nouvelle étape dans la politique française en Asie, après l'affirmation de notre position sur le Viêt-Nam en août précédent, et un voyage triomphal que Pierre Messmer vient de faire au Cambodge. Il dit :

« La rupture de la Chine et de la Russie a fait réapparaître la Chine comme un facteur important sur la scène internationale. La Grande-Bretagne, qui a depuis longtemps des relations de voisinage avec la Chine, a échoué dans sa tentative des les élargir. Elle n'a pas obtenu d'avoir un ambassadeur, elle a un simple bureau. Il n'y a pas d'autre pays que la France qui soit capable de tirer parti de cette situation».

Le général conclut la délibération:

« Le fait chinois est là. C'est un pays énorme. Son avenir est à la dimension de ses moyens. Le temps qu'il mettra à les développer, nous ne le connaissons pas. Ce qui est sûr, c'est qu'un jour ou l'autre, la Chine sera une grande réalité politique, économique et même militaire. La France doit en tenir compte. Quels seraient les avantages à ne pas la reconnaître ? Personne ne nous offre rien pour nous en dissuader. Nous faisons des affaires avec tout le monde, nous avons des alliés, nous conservons ces alliances. Peut-être même le fait de prendre ce tournant n'est pas sans avantage pour nos alliés. Il y a une réalité de la Chine : il ne faut pas la méconnaître. Nous avons procédé à un sondage. Les conclusions sont positives. La Chine meurt d'envie d'être reconnu. Elle ne le cache pas, elle l'a dit. Elle voit le monde comme il est. Les Soviets sont devenus ses adversaires et les Etats-Unis le sont restés. Je vous récite ce que disent les Chinois. Ils ne voient aucun autre interlocuteur que la France. Le Japon leur apparaît comme un satellite des Etats-Unis, la Grande-Bretagne s'est effacée, la France existe. Elle est indépendante, elle est pour la Chine une réalité et même la seule... ».

LE 22 JANVIER 1964

Au Conseil des ministres, Maurice Couve de Murville annonce : «Nous avons continué à avoir des contacts avec le gouvernement chinois. La discussion a évolué très vite, plus vite que prévu...». Le Général : «Nous avons prévenu Taipeh. J'ai envoyé à Chiang Kaîshek un messager personnel, le général Pechkoff, qui avait été mon ambassadeur auprès de lui à Chongqing pendant la guerre ». Couve de Murville continue : « Nous envisageons une reprise des relations sans condition, sans nous engager ni à rompre avec Taiwan, ni à demander l'entrée de la Chine à l'ONU. Un communiqué sobre sera publié la semaine prochaine. Il dira simplement : « les deux parties sont convenues d'établir des relations diplomatiques et d'échanger ambassadeurs dans les trois mois ». Depuis que les Américains sont informés, ils exercent une vive pression à Taipeh pour essayer d'obtenir que Taiwan ne rompe pas ses relations avec la France. Ce serait pour les Américains un double succès : on aurait fait un pas vers la reconnaissance de la politique des ''deux Chine''. Simultanément, on aurait mis le gouvernement de Pékin en difficulté. Mais Pékin pense que Taiwan rompra avec nous et que n'aurons pas à avoir de double représentation. De toutes les réactions à cette grande affaire, il ressort que notre initiative est un événement capital sur le plan mondial. Elle manifeste changements profonds intervenus : la réapparition de la Chine, la rupture de la Chine avec la Russie, l'élimination des deux blocs idéologiques. Mais l'événement le plus important, c'est la rentrée éclatante de la France ...

Le Général : « Les choses sont sur la table. Non de notre fait, mais du fait de ceux que nous avons prévenus et qui se sont hâtés d'en parler. Les réactions passionnelles suscitées sont assez excessives du côté américain. Je serais surpris que cela se prolonge très longtemps. Une fois accompli, il est probable qu'ils jugeront peu à peu qu'il est normal qu'ils en fassent autant. Notre exemple sera suivi. Cela changera rien au fait que la Chine communiste est communiste à sa façon. Avant d'être communiste, elle est la Chine.

« IL n'y a pas de chance que le fait d'avoir une ambassade à Pékin déclenche aussi des échanges économiques importants. Les Chinois ne peuvent pas payer. Mais il n'y a pas d'inconvénient à être présent dans la Chine plus tôt que plus tard, ne serait-ce que pour participer à ce qu'elle sera et fera ...

Après le Conseil, le Général me déclare : « Le rétablissement des relations avec la Chine, c'est le retour de la France en Asie. C'est-à-dire que nous allons tourner la page coloniale, celle des concessions en Chine comme celle de l'Indochine française. Cela veut dire que la France revient en tant qu'amie, et que nous pourrons aider la Chine dans la mesure de nos moyens... Les moyens de la Chine sont virtuellement immense. Il n'est pas exclu qu'elle redevienne au siècle : la plus grande puissance de l'univers. Et les moyens de la France sont eux aussi immenses, parce qu'ils sont moraux. Parce que nous serons les premiers à voir le courage de faire ce geste, nous serons comme un homme qui fait basculer un énorme rocher avec un simple levier parce qu'il a su le placer au point d'équilibre.

....En ce qui concerne une place prépondérance dans le commerce après la reconnaissance de la Chine, le Général souligne : « Si nos chefs d'entreprise ne sont pas trop idiots, ils devraient quand même en profiter pour nouer des liens qui leur rapporteront, dans vingt ou trente ans, dix ou cinquante fois plus qu'ils n'auront dépensé. Si nos diplomates ne sont trop idiots, ils devraient en profiter pour jouer un rôle actif en Asie du Sud-Est. Si les Américains ne sont pas trop idiots, ils devraient en profiter pour mettre fin à l'absurde guerre du Vietnam. La seule façon d'en sortir, c'est la neutralité. Et le seul pays qui pourra surmonter l'antagonisme de la Chine et les Etats-Unis, c'est la France »

D'après Alain Peyreffite, on peut tirer de ces propos quelques leçons suivantes.

---Premièrement, la cohérence dans le temps : la reconnaissance de la Chine n'est pas une idée circonstancielle, mais une idée longtemps mûrie dans l'esprit du Général, depuis qu'en 1949 Chiang Kaîshek s'est réfugié à Taiwan.

---Deuxièmement, la cohérence dans l'espace, entre ce fait particulier de la reconnaissance de la Chine populaire et l'ensemble de la politique extérieure de la France : on reconnaît non un régime, mais aussi un pays et un Etat...

---Troisième leçon: la reconnaissance de la Chine populaire par la France peut se réaliser parce que la France est devenue indépendante par rapport aux Etats-Unis, et la Chine par rapport à l'Union soviétique. L'échange d'ambassadeurs va être la preuve éclatante de cette double indépendance recouvrée.

---Quatrième leçon: la France reconnaît la Chine sans condition. Pékin est implicitement reconnu comme exerçant sa souveraineté sur l'ensemble de la Chine y compris Taiwan.....

---Cinquième leçon: on ne doit se faire aucune illusion sur avantages économiques à attendre dans l'immédiat. Mais on peut miser sur le long terme.

---Sixième leçon: l'intérêt de l'opération est surtout politique. La reconnaissance de la Chine va porter un coup décisif à la politique des Blocs ; elle va rebattre les cartes ; elle va réintroduire de la fluidité dans ce que la politique mondiale a de rigide, de figé. La France est seule à pouvoir faire ce geste-là et à pouvoir entraîner ces conséquences-là.

---Septièmement: cela va embêter les Américains et il ne faut pas en avoir peur ; mais cela va aussi pouvoir les aider, parce que ça leur permettra de se rapprocher de la Chine et de mettre fin à l'absurde guerre du Viêt-Nam.

Yun Shan

---Le Quotidien du Peuple en ligne----




Sous Cette Rubrique
 

A l'occasion du 40è anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France, nous voulons reproduire ici un témoignage un peu inédit des propos du Général de Gaulle au sujet de ses réflexions sur la Chine et les relations futures entre nos deux pays. Ce témoignage avait été évoqué par M. Alain Peyreffite, M. Alain Peyreffite, ancien ministre de l'information et porte-parole du gouvernement, grand sinologue et ami de la Chine, dans un colloque pour marquer le 30è anniversaire de cet établissement. Selon lui, ces propos du Général de Gaulle furent donné, soit en Conseil des ministres, soit lors des entretiens qu'il lui accordait, antérieurs au 27 et au 31 janvier 1964, date de sa conférence de presse sur ce grand évènement.

Recherche avancée


 


Copyright © 2000-2003   Le Quotidien du Peuple en ligne  Tous droits réservés.