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Français>>Vie SocialeMise à jour 11.11.2011 15h33
De la Chine à l'Europe, ou d'un 11 novembre à l'autre

Cela fait près de quatre ans que je vis en Chine, et c'est par le hasard d'un article que j'ai traduit aujourd'hui que je me suis aperçu qu'en Chine aussi, le 11 novembre était une fête. Pas celle que nous connaissons en Europe, et qui soit dit en passant n'a pas grand chose d'une fête, quoique ce soit un jour férié aussi. Il est vrai que pour nous autres Européens, cette journée est très importante, et il me semble donc que c'est le bon moment pour la présenter à nos lecteurs chinois francophones, et à nos autres amis lecteurs francophones du monde pour qui cette date ne signifie sans doute pas grand chose.

Ici donc, en Chine, ce 11 novembre, et plus encore celui de cette année, est une fête, que l'on veut joyeuse, puisque c'est celle des célibataires. Vous ne voyez pas le rapprochement ? Alors cela veut dire que soit vous ne parlez pas chinois, soit que vous manquez un peu de jugeotte... comme moi en l'occurence. Cette journée du 11 novembre est la fête des célibataires, ou Guanggun (光棍) ce qui veut dire « bâtons nus » en chinois, tout simplement parce que la date du 11 novembre en chiffres comporte quatre chiffres un. Et même six, si on compte celui de cette année ; autant vous dire que pour nombre de célibataires chinois, c'est une date qui compte. Cette fête, assez récente, est une bonne occasion de sortir entre copines ou entre copains célibataires (ou entre copains et copines, pourquoi pas...) et de profiter des bonnes affaires que nombre de commerçants qui ont bien flairé le coup ont mis en place pour ce jour si spécial. Sans compter le nombre des mariages qui augmente particulièrement ce jour-là, et plus encore cette année. Pensez donc, un jour avec six « un », on n'est pas près de revoir ça de son vivant... il semble que l'idée de cette fête soit venue de quelques étudiants chinois, qui sans doute ce jour là n'auraient jamais imaginé que cette idée toute bête, mais à laquelle il eût encore fallu penser, connaîtrait pareil succès... sans que cela n'atteigne cependant l'ampleur des autres « vraies » fêtes chinoises. Dans quelques années peut-être ? Peut-être... de toute façon je fais confiance au génie commercial des Chinois, et vous savez autant que moi que ce n'est pas un vain mot. S'il y a une bonne occasion de vendre davantage sous couvert de fête plus ou moins officielle, soyez sûrs qu'il se trouvera toujours quelques malins pour exploiter l'occasion et plus encore de gogos pour plonger dedans plus ou moins consciemment et plus ou moins volontairement...

Reste que ce 11 novembre en Chine est nettement plus gai que celui que nous commémorons aujourd'hui en Europe. Celui de la fin de la 1re Guerre Mondiale le 11 novembre 1918. C'est loin, à tous points de vue, vu de Chine, un pays qui est certes entré en guerre contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie en 1917, mais sans y participer militairement, ce que peu de gens savent, ici comme en Europe. Pour la Chine, la guerre s'est limitée à la prise de Qingdao par les troupes anglo-japonaises en 1914 face à l'Allemagne, par l'envoi d'ouvriers en France et la présence de quelques officiers chinois en tant qu'observateurs. Mais pour l'Europe, ce fut un véritable suicide, une catastrophe sans précédent, dont près de cent ans plus tard, nous voyons encore les conséquences partout. Qu'on ne s'y trompe pas, le monde dans lequel nous vivons en 2011 est l'héritier direct des conséquences de ce cataclysme.

Cent ans après ou presque, personne en France, et ailleurs en Europe, n'a oublié. Et si le dernier des soldats français de ce qu'on a appelé la Grande Guerre, et même la « Der des der » -car on croyait fermement en 1918 qu'après une pareille boucherie, il n'y aurait plus d'autre guerre-, n'est plus, le souvenir en est encore vivace. D'où l'importance de ce jour en Europe, pour se souvenir que la guerre est toujours une malédiction, que c'est toujours une défaite de la civilisation. Même pour ceux qui en sortent –en apparence- vainqueurs.

Car ce 11 novembre 1918, la victoire est trompeuse : la guerre, dont on pensait qu'elle ne durerait que quelques semaines, a dévasté le continent européen pendant quatre longues années. Certes, la France en sort grand vainqueur, son prestige est alors immense, elle récupère les provinces perdues en 1871. Mais à quel prix ! Sur une population de 40 millions d'habitants, elle a perdu près de 1,5 millions d'hommes morts et plus de 4 millions de blessés, une grande partie de son territoire, parmi la plus peuplée et la plus industrialisée, a été ravagée. Chiffre ahurissant, 27% des hommes âgés de 18 à 26 ans sont morts. Et les autres pays, vainqueurs ou vaincus, ne sont guère mieux lotis : l'Allemagne, forte et prospère, connaît la défaite, la ruine et l'humiliation, qui vont servir de terreau au nazisme, avec les conséquences que l'on sait, vingt ans plus tard. L'Autriche explose, perdant les trois-quarts de sa population et de son territoire. La Russie est plongée dans la révolution, la guerre civile, suivie d'une dictature encore plus cruelle que celle des tsars, et qui lui fit prendre un retard considérable qu'elle paie encore aujord'hui. Même les Etats-Unis, entrés en guerre sur le tard et donc moins touchés, le payèrent quelques années plus tard quand leur économie tournée vers l'effort de guerre ne put se reconvertir une fois la paix venue, jetant les ferments de la grande crise économique des années 1920.

En France, aujourd'hui, les autorités vont venir déposer des fleurs, mais ce ne seront pas les fleurs de la Fête des Célibataires de Chine. Dans chaque ville, chaque village, même le plus petit, ils viendront fleurir le monument aux morts. Car en France, il n'est pour ainsi dire pas une ville, pas un village, qui n'ait perdu des hommes, et leurs noms sont gravés sur ces monuments. Même dans les petits villages ne comptant que quelques dizaines d'habitants parfois, il y a toujours au moins une dizaine de noms. C'est proprement terrifiant. Presque chaque famille a été touchée, perdant parfois plusieurs de ses membres, tués ou blessés. Comme la mienne, comme tant d'autres. Et vous pouvez me croire, voir le nom d'un membre de sa famille gravé dans la pierre vous émeut et vous force à réfléchir, même si vous ne l'avez pas connu.

Hélas cette tragédie qui aurait dû servir de leçon n'a pas suffi, tout le monde le sait. Depuis que l'homme est homme, il s'en trouve toujours pour vouloir se battre ou agresser leur prochain, et il s'en trouvera toujours pour vous donner une bonne raison à cela, voire s'en sentir fier. A bien y réfléchir, l'idée que ces étudiants chinois ont eu de créer cette fête du 11 novembre, cette fête des « bâtons nus », qui participe au rapprochement des êtres humains, me plaît d'autant plus. Le rapprochement que l'on peut faire entre ces deux dates de commémoration, en Chine et en France, est étonnant. Il est fort probable que ces jeunes ne connaissaient pas la signification du 11 novembre en Europe, mais peu importe, le parallèle est saisissant. Comme j'aimerais, et je ne dois pas être le seul, que cette date symbolique soit aussi un jour de joie en France et en Europe ! Mais peut-être viendra un jour où, en Europe, on célèbrera à notre tour cette fête des célibataires, une fête tournée vers l'avenir et le bonheur qu'on espère, sans oublier l'autre 11 novembre, pour se souvenir aussi en même temps de ces jeunes, souvent célibataires, qui sont morts pour notre liberté et qui, s'ils avaient vingt ans en 2011, auraient sans doute aussi aimé fêter cette journée...

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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