Vous arrive-t-il d'être tendu et de vous énerver lorsque vous ne parvenez pas à vous connecter à Internet?
Si oui, il est grand temps de consulter. La dépendance à Internet n'est plus seulement considérée en Chine comme une mauvaise habitude. Selon un rapport réalisé par des psychologues et soumis ce week-end au Ministère de la Santé, il pourrait s'agir d'une véritable maladie diagnostiquée sous le nom de « Désordre de la dépendance à Internet » (IAD).
Passer plus de six heures par jour sur Internet au lieu de travailler ou d'étudier tout comme avoir des réactions violentes ou incontrôlées lorsqu'on ne parvient pas à se connecter en seraient les deux principaux symptômes.
Selon le rapport, les déviances les plus courantes seraient : les jeux et les paris en ligne, les sites pornographiques, le trop fort engagement dans les réseaux sociaux virtuels ainsi qu'un excès de « shopping » sur le web.
« Si le rapport est officiellement approuvé par le Ministère de la Santé, la Chine pourrait bien devenir le premier pays au monde à reconnaître ce type d'addiction », a déclaré Tao Ran, un éminent spécialiste chinois des problèmes de dépendance qui a également contribué à la rédaction du rapport.
Selon lui, le ministère devrait très certainement approuver le rapport l'année prochaine.
« La Chine deviendrait alors le premier pays à reconnaître l'IAD en tant que maladie clinique, au même titre que l'alcoolisme ou la dépendance au jeu », a-t-il confié dans le China Daily du 9 novembre.
Le rapport pourrait également servir d'exemple à un grand nombre de pays occidentaux, a-t-il ajouté.
Selon un média américain, l'Association Américaine de Psychiatrie est actuellement en train de se concerter sur la possibilité d'inclure l'IAD dans la 5e édition de son Manuel de Diagnostiques et de Statistiques sur les Désordres Mentaux qui paraîtra en 2010.
« La Chine s'est placée en pointe de la recherche en ce qui concerne ce type d'addiction en raison de l'importance croissante de ce phénomène dans le pays », a déclaré Tao. Selon un rapport publié en août par le Comité Permanent de l'Assemblée populaire nationale, près de 10% des 40 millions d'internautes chinois âgés de moins de 18 ans seraient atteints de cette dépendance.
Les recherches menées, l'année dernière, par la société de médias Internet, InterActiveCorp, révèlent également que 42% des jeunes internautes chinois étaient outrageusement dépendants d'Internet contre seulement 18% des jeunes Américains.
Cette addiction au monde virtuel entraînerait également des problèmes dans la vie réelle. Tao a rendu public des chiffres émanant du Bureau de la Sécurité Publique de Beijing et révélant que 76% des crimes commis par des mineurs dans la capitale chinoise seraient liées à Internet.
« Notre problème est plus sérieux que dans les pays occidentaux », a confié Tao. Toutefois, il a tenu à préciser que l'IAD n'était pas une maladie incurable. Depuis 2005, l'Hôpital général de l'Armée populaire de libération de Beijing, pour lequel travaille Tao, aurait traité plus de 3 000 cas de dépendance à Internet. Plus de 80% des patients sont parvenus à résoudre leur problème après 3 à 6 mois de traitement.
Le traitement est similaire à celui utilisé pour les autres dépendances : le patient est, tout d'abord, privé d'accès à Internet, puis, il bénéficie de conseils psychologiques et participe à des activités interactives en groupe afin de lui apprendre à se sociabiliser dans la vie réelle.
Selon Gao Wenbin, chercheur à l'Institut de Psychologie de l'Académie des Sciences de Chine, l'absence de cocon familial, de compagnon ou de compagne ainsi que d'activités extérieures constituent les principaux facteurs responsables de l'augmentation de ce phénomène en Chine.
« La plupart des jeunes chinois sont enfants uniques. Leurs parents leur ont enseigné à travailler dur mais ne se sont pas préoccupés de leurs besoins », a déclaré Gao.
Source: China.org.cn