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Français>>InternationalMise à jour 29.06.2012 08h51
Proposition pour une Autorité Fiscale Européenne (AFE), un Fonds de Réduction de la Dette et des Bons du Trésor Européens

Rétrospectivement, il est clair aujourd'hui que les Etats membres sont entrés dans une union monétaire qui était incomplète dans sa construction. La source principale des troubles vient du fait que les Etats membres ont abandonné leur droit à imprimer de la monnaie à la BCE sans comprendre complètement ce que cela implique, pas plus que les autorités européennes d'ailleurs. Quand l'Euro a été introduit, les régulateurs ont permis aux banques d'acheter des montants illimités d'obligations de gouvernement, sans avoir à mettre de côté aucun capital propre ; et la banque centrale a escompté toutes les obligations de gouvernement en termes égaux. Les banques commerciales ont trouvé avantageux d'accumuler les obligations des pays les plus faibles pour glaner quelques points de base supplémentaires. C'est ce qui a provoqué la convergence des taux d'intérêt. La forte baisse du coût du crédit a contribué à alimenter le boom de l'immobilier et de la consommation, qui ont échappé au contrôle. Au même moment, l'Allemagne, aux prises avec les difficultés de la réunification, a entrepris des réformes structurelles et est devenue plus compétitive. Ce qui a provoqué une forte différence en matière de performances économiques.

Puis est arrivé le désastre de 2008, qui a amené la création de conditions bien éloignées de celles prescrites par le Traité de Maastricht. Les gouvernements ont du porter secours à leurs banques, et certains se sont retrouvés dans la position d'un pays du tiers-monde devenu fortement endetté dans une monnaie qu'ils ne contrôlent pas. Du fait de divergences en matière de performances économiques, l'Europe s'est divisée entre pays créditeurs et débiteurs.

Quand les marchés financiers ont découvert que les obligations de gouvernement supposes sans risques pourraient en fait être contraintes à faire défaut, ils ont fortement relevé les primes de risque. Ce qui a eu pour effet de rendre potentiellement insolvables les banques commerciales dont les livres de compte sont chargés de ce genre d'obligations. Cela a déclenché un mouvement de réaction contraire entre la résolution des problèmes bancaires des banques et les primes de risques sur la dette souveraine.

La Zone Euro reproduit à présent la façon dont le système financier mondial a fait face à ce genre de crises en 1982 et en 1997. Puis les autorités internationales ont fait preuve de dureté envers la périphérie pour protéger le centre ; à présent, l'Allemagne joue le même rôle, sans le vouloir. Les détails changent, mais l'idée reste la même : les créanciers transfèrent le fardeau du réajustement sur les débiteurs, et le centre esquive ses propres responsabilités dans les déséquilibres. Fait intéressant, les termes « centre » et « périphérie » sont entrés en service presque imperceptiblement. Cependant, dans la crise de l'Euro, la responsabilité du « centre » est encore plus grande qu'elle ne le fut en 1982 et en 1997 : ils furent les architectes d'un système monétaire vicié et ont été incapables de remédier à ses défauts. Dans les années 1980, l'Amérique Latine a connu une décennie perdue. Un destin similaire attend aujourd'hui l'Europe.

Au début de la crise, un éclatement de l'Euro était inconceivable : les actifs et les passifs libellés dans une monnaie commune étaient tellement entremêlées qu'un éclatement aurait conduit à un effondrement incontrôlable. Mais à mesure que la crise progressait, le système financier a été progressivement réordonné selon des lignes nationales. Cette tendance a gagné de la puissance lors des derniers mois. Le refinancement à plus long terme a permis aux banques espagnoles et italiennes d'acheter les obligations de leur propre pays et gagner une large diffusion. Simultanément, les banques donnent la préférence au délestage de leurs actifs au delà de leurs frontières nationales et les gestionnaires de risque essaient faire correspondre les actifs et les passifs à l'intérieur des frontières nationales plutôt que dans la Zone Euro prise dans son ensemble.

Si cela continuait pendant quelques années encore, un éclatement de l'Euro deviendrait possible sans disparition, mais alors même les pays créanciers conserveraient de larges prétentions à l'encontre des pays débiteurs qui seraient, sinon impossibles, du moins difficiles à satisfaire. En plus de toutes les mesures de sauvetage et des interventions de la BCE, les banques centrales ont de fortes prétentions à l'encontre des banques centrales des pays débiteurs faisant partie du système de compensation Target2. Ainsi, la Bundesbank allemande avait-elle des revendications à hauteur de 644 milliards de Dollars US au 30 avril et le montant est en augmentation rapide du fait des évasions de capitaux.

Les pays créditeurs conduits par l'Allemagne sont toujours désireux de faire ce qu'il faut pour éviter une catastrophe. Mais comme c'est insuffisant pour résoudre la crise, celle-ci continue à s'approfondir. Les tensions sur les marchés financiers ont atteint des nouveaux sommets. L'exemple le plus frappant à cet égard est celui de la Grande-Bretagne, qui a opté pour le contrôle de sa monnaie, dont les rendements sur les obligations de gouvernement ont atteint les niveaux les plus faibles de son histoire, alors que la prime de risque sur la dette souveraine de l'Espagne atteint de nouveaux sommets, quand bien même le rapport de la dette et du déficit par rapport au PIB est inférieur à celui de la Grande-Bretagne. L'économie réelle de la Zone Euro dans son ensemble est en déclin alors que l'Allemagne est toujours en plein boom. Cela veut dire que les divergences entre les créanciers et les débiteurs s'accroit. La dynamique politique et sociale travaillent aussi vers une désintégration. L'opinion a exprimé dans les résultats récents des élections une opposition croissante à l'austérité, et il est fort probable que cette tendance prenne de l'ampleur jusqu'à une inversion de politique.

Ce qu'il faut, c'est une série d'initiatives hardies qui soient suffisamment convaicantes pour persuader tant l'opinion publique que les marchés financiers que les autorités ont tant la volonté que les ressources pour faire fonctionner l'Euro. Ces initiatives doivent se conformer aux traités existants, mais pour autant elles doivent être suffisamment courageuses pour ramener les conditions au plus proche de celles qui ont été prescrites par les traités. Les traités pourraient alors être révisés dans une atmosphère plus calme, afin que les excès actuelles ne se reproduisent plus.

Construire un ensemble d'initiatives répondant à ces exigences sévères est difficile, mais pas impossible. Elles devraient traiter simultanément les problèmes bancaires et de la dette souveraine sans pour autant négliger de réduire les divergences de compétitivité. Il y a diverses façons d'y arriver, mais toutes ont besoin d'un soutien actif de l'Allemagne, en tant que plus important créancier.

Lors de la Réunion de Rome, qui a eu lieu le 22 juin, les quatre chefs d'Etat présents se sont mis d'accord sur des étapes vers une union bancaire et un ensemble de mesures de relance modeste destiné à compléter le paquet fiscal, mais la Chancelière Merkel a résisté à toutes les propositions visant à fournir de l'aide à l'Espagne et à l'Italie face aux primes de risque excessives qui prévalent sur le marché. Cela menace de faire tourner le prochain sommet de juin au fiasco, qui pourrait alors se révéler fatal parce qu'il ne fournirait pas un pare-feu suffisamment fort pour protéger le reste de la Zone Euro d'une possible sortie de la Grèce. Même si un accident fatal peut être évité, les divisions entre les pays créanciers et débiteurs seront renforcées et les pays « périphériques » n'auront aucune chance de regagner de la compétitivité, parce que le terrain est orienté contre eux. Cela pourrait servir les petits intérêts égoïstes de l'Allemagne, mais cela créerait une Europe très différente de la société ouverte qui a enflammé l'imagination des gens. Ce n'est pas ce à quoi la Chancelière Merkel ou l'écrasante majorité des Allemands sont favorables.


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Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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