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Français>>InternationalMise à jour 19.12.2011 17h23
Il est temps que la BCE intervienne pour sauver l'Euro

La panique commence à déferler sur la Zone Euro. L'Italie et l'Espagne sont déjà prises dans la tempête. La Belgique est en train de glisser vers la zone dangereuse. Et alors que la France risque de s'enfoncer à son tour, le fossé grandissant entre le rendement de ses obligations et celles de l'Allemagne met à rude épreuve le partenariat politique qui a dirigé six décennies d'intégration européenne.

Même les pays qui ont les reins solides comme la Finlande et les Pays-Bas commencent à souffrir du fait de ce courant de fond. Les banques luttent pour rester à flot –mais leurs capitaux ne leur apportent qu'une aide limitée, l'argent s'épuisant- tandis que les entreprises qui sont tributaires du crédit connaissent elles aussi des problèmes. Tous les indices conduisant à une récession de la Zone Euro sont là.

Si rien n'est fait pour la maîtriser, cette panique relative à la solvabilité souveraine risque de s'alimenter elle-même : tout comme une banque saine peut faire faillite si elle fait face à un mouvement de panique, et même le Gouvernement le plus digne de confiance est menacé si le marché refuse de financer sa dette. On peut alors imaginer les conséquences, et cela fait peur : une cascade de défaillances souveraines et bancaires, une dépression dévastatrice, l'effondrement de l'Euro (et peut-être même celui de l'Union Européenne), une contagion mondiale et des troubles politiques potentiellement dramatiques. Alors pourquoi les décideurs politiques ne font-ils pas tout ce qui est possible pour éviter la catastrophe ?

Depuis que le rendement des obligations italiennes a commencé à plonger au début du mois d'août, j'ai toujours cru que seul un engagement à durée indéterminée de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour maintenir le rendement des obligations des gouvernements solvables à des taux durables pourrait calmer la panique et créer l'espace de respiration nécessaire à la mise en place de réformes pouvant restaurer la confiance. Et tout ce qui s'est passé depuis n'a fait que confirmer cette impression.

Maintenant que la crise a atteint le coeur de la Zone Euro, les ressources nécessaires pour soutenir les pays les plus faibles ont dépassé les capacités fiscales limitées des plus forts. Il ne servira à rien d'utiliser des tours de passe-passe financiers pour dissimuler ce fait, de même que lancer une nouvelle bouée de sauvetage plus grande encore risquerait d'entraîner tout le monde vers le fond. Entasser tout le monde sur le même radeau de survie –par l'entremise d'Eurobons soutenus par des garanties multiples et conjointes- n'est pour l'heure pas faisable d'un point de vue légal, et ce serait même politiquement dangereux si c'était fait de manière prématurée. Pas plus qu'une crise de système ne peut être résolue par des actions gouvernementales individuelles – en grande partie du fait que la panique actuelle dépasse de loin la capacité des politiciens à y répondre. Aujourd'hui, seule la BCE a les moyens illimités nécessaires pour sauver l'Europe du gouffre.

La BCE a d'excellentes raisons d'agir : pour assurer une transmission fluide de la politique monétaire, pour empêcher une dépression qui conduirait à la déflation, et pour éviter l'éclatement de l'Euro. Pourtant, elle a jusqu'à aujourd'hui refusé de le faire, en se protégeant derrière une grande feuille de vigne légale.

Certes, l'Article 123 du Traité de Lisbonne interdit à la BCE d'acheter des obligations directement auprès des institutions publiques, mais en revanche intervenir sur le second marché lui est permis. D'ailleurs, la BCE fait cela depuis longtemps par le biais de son Programme d'Achat d'Obligations d'Etat. Qu'est-ce qui dans le Traité interdit d'étendre ce programme ? De plus, un engagement à durée indéterminée crédible ayant pour but de maîtriser les augmentations de taux d'intérêt n'aurait besoin que de moins d'acquisitions que le programme actuel de la BCE, limité et temporaire, ne le permet.

Hélas, de nombreux Allemands, et en particulier à la Bundesbank, ont en horreur la seule idée d'une intervention de la Banque Centrale, parce que cela rappelle les mauvais souvenirs de 1923, quand la Reichsbank fit fonctionner la planche à billets pour financer les emprunts du Gouvernement, avec pour résultat une hyper-inflation qui détruisit les économies de la classe moyenne, et l'arrivée d'Hitler au pouvoir dix ans plus tard. Pourtant, les Allemands devraient se souvenir que c'est surtout la panique provoquée par la faillite de la banque autrichienne Creditanstalt, le déclin qui a suivi et le mauvais jugement de la classe politique allemande qui ouvrirent la voie aux Nazis.

Loin d'exclure l'action, l'histoire la justifie, au contraire. Qui plus est, il n'y a aucune raison de paniquer au sujet de l'inflation lorsque la croissance monétaire est faible, que le crédit bancaire se fait rare et que les gens épargnent plutôt qu'ils ne dépensent. De plus tout achat de la BCE pourrait continuer à être « stérilisé ».

Une autre raison est que l'intervention de la BCE permettrait d'alléger la pression sur les nouveaux gouvernements en Italie et en Espagne pour leurs réformes. Cela étant, dans la situation actuelle, les réformateurs n'ont pas le temps de faire leurs preuves, et si jamais la Zone Euro s'effondrait, alors la porte serait bientôt ouverte aux extrémistes populistes. Alors pourquoi la BCE ne cherche t-elle pas à conclure un accord avec les gouvernements solvables pour maintenir les taux bas, tant que cela est en conformité avec leurs programmes de réforme ?

Les dirigeants de la Zone Euro pourraient aussi élaborer une feuille de route en faveur des Eurobons, avec des conditions strictes, et lié à un mécanisme crédible destiné à garantir la prudence fiscale. Cela donnerait un encouragement aux gouvernements qui veulent se donner la possibilité de mettre en oeuvre les réformes nécessaires, tout en rassurant la BCE et les marchés sur le fait que les gouvernements restent engagés pour le fonctionnement de l'Euro.

A époque exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Et je crois que la BCE se sentira obligée d'agir si la Zone Euro est poussée au bord du gouffre. Mais plus la BCE attend, plus les emplois et les économies des citoyens seront touchés, plus la confiance des investisseurs dans le système financier de la Zone Euro sera ébranlée, et plus le risque qu'une catastrophe arrive sera grand. Il est grand temps d'agir.


L'auteur est conseiller économique indépendant auprès de la Commission Européenne.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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