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Français>>InternationalMise à jour 24.10.2011 10h51
L'Amérique va t-elle décrocher ?

A en juger par la nervosité tant du marché que des « prévisions consenselles », les perspectives économiques des Etats-Unis sont pour le moins confuses. Un jour, le pays est au bord d'une récession profonde, et le lendemain, il est tout près d'une reprise à vitesse turbo, alimentée par des consommateurs américains déterminés et des multinationales américaines commençant à sortir, enfin, leurs énormes réserves en liquide. Dans ce processus, les marchés emmènent les investisseurs faire un tour sur des montagnes russes décoiffantes, avec en plus la crise européenne (encore plus confuse et volatile) qui ne fait qu'aggraver leur sensation de nausée.

Cette situation est à la fois compréhensible et de plus en plus traumatisante pour le bien-être des Etats-Unis et celui de l'économie mondiale. Elle reflète l'impact de ré-alignements économiques et financiers faondamentaux (et historiques), de politiques de réponse insuffisantes et de rigidités étendues à tout le sytème, qui freinent les changements structurels. Avec pour résultat qu'il y a maintenant des questions légitimes qui se posent au sujet du fonctionnement sous-jacent de l'économie américaine et, par conséquent, de son évolution dans les mois et années qui viennent.

Une façon de comprendre les conditions actuelles -et ce qu'il faut faire pour les améliorer- est de se souvenir de deux évènements qui ont récemment attiré l'attention du monde entier : le lancement de l'avion de ligne Boeing Dreamliner et la fin tragique de l'ancien patron d'Apple, Steve Jobs.

Commençons avec un peu de dynamique aéronautique, en utilisant une analogie que mon collègue de PIMCO, Bill Gross, a utilisé pour décrire les risques économiques auxquels fait face l'économie américaine. Pour que le Dreamliner puisse décoller, monter et conserver une altitude constante, il doit faire un peu plus que d'avancer. Il doit avancer suffisamment vite pour dépasser les seuils physiques critiques, qui sont significativement plus élevés que pour la plupart des autres Boeing plus petits que lui.

Ne pas y arriver veut dire un arrêt en plein vol, avec un déplacement vers l'avant lent qui aboutit à une perte d'altitude soudaine. A moins d'être convaincus de la capacité du Dreamliner à éviter le décrochage, cela ne servira à rien de parler de la façon dont il pourra améliorer l'expérience du voyage pour des millions de personnes de par le monde.

L'économie américaine d'aujourd'hui fait justement face à un risque de décrochage. En particulier, la question n'est pas de savoir si elle peut croitre, mais si elle peut croître avec suffisamment de force pour propulser une grande économie qui, d'après la Réserve Fédérale américaine, fait face à « un effet de levier inversé du bilan comptable, des contraintes liées au crédit, et des incertitudes des ménages et des entreprises face aux perspectives économiques ». Et n'oublions pas qu'il y a juste un an, certains responsables américains avaient annoncé l'« été de la reprise » de l'économie, une position étayée par la croyance erronée que les Etats-Unis avaient atteint une « vitesse de sauvetage ».

Le décrochage est un risque terrible pour une économie comme celle des Etats-Unis, qui a un besoin vital d'un croissance robuste. Sans forte croissance, il n'y aura pas moyen de résorber un chômage continûment élevé et de plus en plus structurel (et par conséquent qui se prolonge), inverser en sécurité l'effet de levier d'un bilan comptable sur-endetté, et éviter que les inégalités de revenus et de richesses, déjà gênantes, ne s'aggravent encore.

Le secteur privé seul ne peut, et n'enrayera pas le risque de décrochage. Ce qu'il faut absolument, c'est une meilleure politique. En particulier, les décideurs politiques doivent être ouverts et vouloir comprendre les défis inhabituels auxquels fait face l'économie américaine, réagir en conséquence, et avoir à leur disposition suffisamment d'instruments de politique efficaces.

Hélas, c'est loin d'être le cas aux Etats-Unis, (et en Europe, où la situation est pire encore). Qui plus est, ces dernières semaines, les décideurs politiques américains se sont montrés plus intéressés à montrer l'Europe et la Chine du doigt qu'à reconnaître et répondre aux changements de paradigme qui sont à la base des problèmes économiques et des défis sociaux grandissants du pays.

Et c'est là que la perspicacité de Steve Jobs, une des plus grands innovateurs et entrepreneurs de ce monde, entre en jeu. Jobs a fait plus que piloter les changements de paradigme : pour beaucoup, il les a créés. S'agissant de convertir les choses compliquées en choses simples, c'était un maître. Et plutôt que d'être paralysé par la complexité des choses, il a trouvé de nouvelles manières de la déstructurer et de la surmonter. Le travail d'équipe était une obligation, pas un choix. Et il s'est écarté de la quête du « big bang » unique pour s'orienter plutôt vers la recherche de percées multiples.

Sous tout cela il y avait une volonté d'évoluer - d'aller vers la perfection par le biais de l'expérimentation. Qui plus est, il excellait dans la « vente » à un public mondial de sa vision et de sa stratégie pour atteindre ce but.

Jusqu'à présent, les décideurs économiques américains ont échoué sur tous ces fronts. Plutôt que de se consacrer à un ensemble complet de mesures de renforcement dont il y a un besoin urgent, ils semblent obnubilés par la quête futile de la « solution miracle » unique qui résoudra tous les problèmes économiques du pays. Rien de surprenant à ce qu'ils ne l'aient pas trouvé pour le moment.

Le travail d'équipe s'est constamment retrouvé otage de querelles intestines et de chicanes politiques. Peu de choses ont été faites pour déstructurer la complexité structurelle, sans même parler de réussir à obtenir un soutien public suffisant pour une vision à moyen terme, une stratégie de mise en oeuvre crédible, et une série de mesures adéquates pour la tâche à accomplir.

Plus l'impasse politique durera, et plus le risque de décrochage pour une économie qui connaît déjà, une crise du chômage, un énorme déficit budgétaire, de nombreux prêts dépassant la valeur du bien, et des taux d'intérêts de politique réduits à zéro sera élevé. C'est une atmosphère dans laquelle le bilan comptable déjà malsain subit une pression encore plus forte, et dans laquelle les investisseurs sains refusent de s'engager. En attendant, le risque de récession reste dangereusement élevé, la crise du chômage s'aggrave et les inégalités en font de même alors que les filets de sécurité sociaux, déjà bien détendus, se montrent de plus en plus poreux.

Mohamed A. El-Erian est PDG et PDG adjoint de PIMCO, et auteur de « When Markets Collide ».

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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