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Français>>InternationalMise à jour 05.09.2011 15h52
La dure leçon du « smart power »

La « privatisation de la guerre », cela signifie que la puissance militaire doit être accompagnée d'une utilisation efficace des idées et de la légitimité.

Les attaques d'Al Qaida sur les Etats-Unis il y a dix ans ont constitué un choc énorme pour les Etats-Unis et le monde. Dix ans après, quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

Quiconque prend un avion vers les Etats-Unis ou essaie de rentrer dans un immeuble de bureaux à Washington se rend compte immédiatement comment la sécurité a changé aux Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Mais si les inquiétudes au sujet du terrorisme sont plus grandes, et si les restrictions apportées à l'immigration sont plus fortes, l'hystérie qui a suivi les quelques jours après le 11 septembre a diminué. Les nouvelles structures comme le Département de la Sécurité du Territoire, le Directeur du Renseignement National et un Centre de Contre-terrorisme modernisé n'ont pas changé le Gouvernement américain, et, pour la plupart des citoyens américains, les libertés individuelles ont été peu touchées. Aucune autre attaque de grande envergure n'est intervenue à l'intérieur des Etats-Unis, et la vie de tous les jours a continué, en grande partie comme elle l'était avant le 11 septembre.

Mais cet apparent retour à la normalité ne doit pas nous induire en erreur au sujet de l'importance à long terme du 11 septembre. Comme je l'explique dans mon ouvrage « L'avenir de la puissance », l'un des grands changements de pouvoir de cette époque de l'information mondiale est le renforcement des acteurs non étatiques. Al Qaida a tué plus de citoyens américains le 11 septembre 2001 que l'attaque menée par l'armée impériale japonaise sur Pearl Harbor en 1941. c'est ce qu'on pourrait appeler la « privatisation de la guerre ».

Durant la Guerre Froide, les Etats-Unis étaient encore plus vulnérables, technologiquement parlant, à une attaque nucléaire soviétique, mais la théorie de la « destruction mutuelle garantie » a évité que le pire n'arrive en maintenant une vulnérabilité plus ou moins symétrique.

Cependant, deux asymétries ont joué en faveur d'Al Qaida en septembre 2001. Il y a d'abord eu une asymétrie de l'information. Les terroristes étaient bien informés sur leurs cibles, tandis que les Etats-Unis, avant septembre 2001, ne disposaient que peu d'informations sur l'identité et la localisation des réseaux terroristes. Certains rapports gouvernementaux avaient bien anticipé jusqu'où des acteurs non étatiques pourraient nuire à de grands Etats, mais leurs conclusions n'avaient pas été incorporées dans les plans officiels.

Ensuite, il y a eu asymétrie de l'attention. Les nombreux intérêts et objectifs d'un grand acteur font que son attention pour un acteur plus petit est souvent diluée, alors que celui-ci, par contraste, peut concentrer son attention et le fera plus aisément. Il y avait une jolie somme d'informations sur Al Qaida dans le système de renseignements américain, mais les Etats-Unis étaient incapables de traiter de manière cohérente les informations que leurs diverses agences avaient rassemblé.

Mais les asymétries d'information et d'attention ne confèrent pas pour autant un avantage permanent aux tenants de la violence informelle. La sécurité parfaite n'existe pas, et, historiquement, les vagues de terrorisme ont souvent demandé une génération pour reculer. Et même ainsi, ce sont l'élimination de hauts dirigeants d'Al Qaida, le renforcement des renseignements américains, des contrôles plus stricts aux frontières et une coopération plus étroite entre le FBI et la CIA qui ont rendu les Etats-Unis plus sûrs.

Mais il y a une leçon plus grande encore que le 11 septembre nous enseigne, celle du rôle de la puissance douce et du récit à l'âge de l'information. A l'âge de l'information, les résultats sont aussi influencés par celui qui a la meilleure histoire. La concurrence dans le récit est importante, et le terrorisme, c'est aussi un drame politique et narratif.

Un acteur plus petit ne peut certes pas rivaliser avec un plus grand en termes de puissance militaire, mais il peut utiliser la violence pour fixer l'agenda du monde et construire des récits qui portent atteinte à la puissance douce de sa cible. Oussama Ben Laden était très féru du récit. Il n'était pas capable de porter autant de coups aux Etats-Unis qu'il le voulait, mais il a cependant réussi à dominer l'agenda mondial pendant une décennie, et le niveau d'incompétence atteint par la première réaction américaine a eu pour résultat qu'il pouvait infliger des dégâts importants aux Etats-Unis.

L'ancien Président George W. Bush a commis une erreur tactique en déclarant une « guerre mondiale contre le terrorisme ». Il eût été mieux inspiré de formuler la réplique comme une réponse à Al Qaida, qui avait déclaré la guerre aux Etats-Unis. La guerre mondiale contre le terrorisme a été mal interprétée pour justifier toute une série d'actions, dont la guerre en Irak, une erreur coûteuse qui a porté préjudice à l'image des Etats-Unis. De plus, de nombreux musulmans ont mal compris le terme et l'ont considéré comme une attaque contre l'Islam, ce qui n'était pas l'intention des Etats-Unis, mais convenait parfaitement aux efforts de Ben Laden pour ternir la perception des Etats-Unis dans les pays musulmans clés.

Le fait que les 1 000 milliards de Dollars du coût de la guerre, non financés, aient contribué au déficit budgétaire qui étrangle les Etats-Unis aujourd'hui montre que Ben Laden avait la capacité de porter atteinte à la puissance américaine. Et le prix réel du 11 septembre pourrait aussi se mesurer en coûts d'opportunités : pendant la plus grande partie de la première décennie de ce siècle, alors que l'économie du monde déplaçait progressivement son centre de gravité vers l'Asie, les Etats-Unis étaient surtout occupés par une guerre dans laquelle ils s'étaient fourvoyés au Moyen-Orient.

Une leçon-clé du 11 septembre est que la puissance militaire est certes essentielle pour contrer le terrorisme, mais que la puissance douce des idées et la légitimité sont essentielles pour gagner les coeurs et les esprits des populations musulmanes, là où Al Qaida souhaite recruter. Une stratégie du « smart power » ne saurait ignorer les outils de la puissance douce.

Mais, au moins pour les Etats-Unis, la leçon la plus importante du 11 septembre est que la politique étrangère des Etats-Unis devrait suivre le conseil que l'ancien Président Dwight Eisenhower a formulé il y a un demi-siècle : Ne soyez pas impliqué dans des guerres d'occupation, et concentrez vous sur le maintien de la puissance de l'économie américaine.

L'auteur, Joseph S. Nye, ancien Secrétaire assistant à la Défense, est Professeur à l'Université d'Harvard, Project Syndicate.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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