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Carnet de voyage Jour 1 : Shenzhen, la ville qui a appris à respirer

le Quotidien du Peuple en ligne 20.10.2026 13h59

Il y a des villes et des endroits qui impressionnent par leur histoire, d'autres par leur patrimoine, et certaines par leur renommée. La ville de Shenzhen, dans la province du Guangdong (sud de la Chine), appartient incontestablement à cette dernière catégorie. Cette ville est connue pour être la ville technologique chinoise par excellence. J'avais en tête cette image de Shenzhen : des gratte-ciel, des grues et des néons partout, une effervescence urbaine hors du commun typique des grandes métropoles.

Et pourtant, déjà durant les premiers kilomètres suivant mon arrivée, ce qui m'a d'abord frappé, ce n'est pas la verticalité et la hauteur des immeubles ; C'est la couleur. Du vert profond à chaque coin de rue, presque insolent, longeant les avenues, grimpant sur les façades. Chaque ville chinoise a sa personnalité, son rythme, sa manière d'habiter le monde. Shenzhen, elle, a choisi d'être une métropole qui respire. Une ville portuaire qui semble avoir compris que comme un coureur, même au meilleur de sa forme, sans bons poumons, elle ne peut respirer et finira par s'essouffler.

Les Gratte-ciel de Shenzhen vus depuis la réserve naturelle de Futian, dans la province du Guangdong (sud de la Chine). (RAKOTONIRINA ZO LALAINA/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Les gratte-ciel de Shenzhen vus depuis la réserve naturelle de Futian, dans la province du Guangdong (sud de la Chine). (RAKOTONIRINA ZO LALAINA/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Shenzhen compte plus de 1 300 parcs. En termes d'efforts écologiques, les bus et les taxis sont électriques depuis des années, et un véhicule sur trois est déjà à énergie nouvelle. Mais le vrai miracle se trouve peut-être à quelques encablures des sièges des grandes entreprises technologiques comme ceux de Tencent et DJI, deux entreprises qui incarnent parfaitement le dynamisme technologique de Shenzhen, et qui donnent tout son sens à l'expression « ville du futur ». En plein cœur de la ville, les gratte-ciel les plus chers de la ville regardent, sans les écraser, 367 hectares de mangrove. C'est là que mon périple commence : la réserve naturelle de Futian, la plus petite réserve nationale de Chine, et pourtant la seule située au cœur d'une mégapole.

Ce que l'on appelle ici une « réserve » n'est pas un enclos mis sous cloche. C'est un espace arraché à la logique du béton. Dans les années 1990, l'autoroute côtière devait traverser le cœur de la mangrove. Les urbanistes ont reculé l'axe de 260 mètres pour laisser vivre les palétuviers. La mangrove de Futian est une réponse, fragile et savante, à la contradiction la plus brutale de notre époque : comment courir après la technologie sans piétiner le vivant ?

Ici, les oiseaux trouvent des zones de repos et d'alimentation, tandis que les palétuviers et les autres composantes de la zone humide contribuent au maintien des équilibres écologiques côtiers. Ici, la technologie est précisément ce qui protège le vivant. Des caméras infrarouges, des algorithmes de reconnaissance des oiseaux, des écluses intelligentes qui régulent la salinité et les niveaux d'eau : la réserve est un laboratoire à ciel ouvert. Ici, la technologie ne remplace pas la nature. Elle peut nous aider à mieux la connaître, à anticiper les risques et à améliorer sa gestion.

En perdant mes pensées dans cette forêt de mangrove, cette visite a également réveillé en moi des souvenirs, du temps où je travaillais comme guide touristique à Madagascar : une expérience qui m'a permis de découvrir de nombreux paysages de mon pays, mais aussi de comprendre combien les milieux naturels sont étroitement liés à la vie quotidienne des communautés locales.

Au sud de la ville de Morondava, dans la région du Menabe, sur la côte ouest de Madagascar, se trouve Betania, un village côtier de pêcheurs entouré par la mangrove. Depuis la ville de Morondava, on rejoint généralement Betania en pirogue, notamment lors d'excursions touristiques passant par les canaux et les zones de mangrove. Là-bas, la mangrove n'est pas seulement un objet de contemplation pour citadins en quête d'aventure. Elle est un garde-manger, un revenu, une assurance-vie. À Betania, les femmes ramassent les crabes à marée basse, les hommes réparent les pirogues, et les touristes — encore trop peu nombreux — défilent à bord des pirogues quand la marée le permet, pour observer les oiseaux et les villages de pêcheurs. Pour ceux qui ont eu la chance de parcourir ces paysages, la mangrove possède une présence particulière. Ses racines émergent de la vase, ses canaux dessinent des chemins naturels et ses arbres forment un abri pour un véritable écosystème.

Le fait qu'une population vive au contact d'un écosystème ne signifie pas automatiquement que celui-ci est préservé. La conservation doit prendre en compte les réalités sociales, sans opposer systématiquement les activités humaines à la protection de l'environnement.

À Futian, la mangrove est entourée, surveillée, financée, célébrée. La réserve de Futian ne se contente pas de protéger un espace. Elle a inventé une méthode. Elle sépare radicalement la zone de conservation stricte de la zone d'éducation et de loisir, confiant à un parc périphérique le soin d'accueillir le public tandis que le cœur de la mangrove reste inaccessible. À Shenzhen, la présence d'une réserve naturelle au cœur d'une métropole très développée montre que la conservation peut être intégrée à une stratégie urbaine ambitieuse. Cette expérience invite à réfléchir aux moyens d'améliorer la protection des mangroves partout dans le monde, notamment grâce à la science, à la planification et à une meilleure coordination entre les acteurs concernés.

En quittant Futian, je regarde une dernière fois la silhouette des immeubles se reflétant dans l'eau derrière les palétuviers. Shenzhen m'a donné une impression étrange, presque contradictoire : celle d'une ville qui a couru si vite qu'elle a failli perdre quelque chose d'essentiel, et qui a eu la sagesse de s'arrêter à temps. Ce n'est pas une ville parfaite. C'est une ville qui apprend, une ville qui montre que la technologie peut être une alliée de la nature, à condition qu'elle soit pilotée par une volonté politique et une intelligence écologique. Et c'est peut-être cela, la ville du futur : non pas une utopie verte déjà accomplie, mais un territoire qui accepte de négocier avec le vivant.

(Par RAKOTONIRINA ZO LALAINA)

(Web editor: Qianqian Wu, Yishuang Liu)