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Français>>OpinionMise à jour 14.09.2011 16h12
Le vrai prix du 11 septembre pour les Etats-Unis

Dix ans après le 11 septembre 2001, jour des attaques sur les Etats-Unis, il est temps de regarder un peu en arrière.

Ces évènements tragiques - le crash volontaire de deux avions de ligne détournés par des terroristes d'Al Qaida sur le World Trade Center, l'effondrement des deux Tours Jumelles, le crash d'un troisième appareil sur le Pentagone, et la tentative ratée pour y faire écraser un quatrième- continuent à avoir une forte emprise sur la conscience des gens.

Nous nous souvenons tous de ce que nous faisions le 11 septembre, quand près de 3 000 personnes ont perdu la vie. C'est une journée qui a changé les Etats-Unis, et le cours de l'histoire, d'une façon majeure. Mais hélas pas pour le meilleur.

Dix ans après, les Américains sont unis dans le souvenir, mais ils sont fortement divisés au sujet des politiques américaines en matière de sécurité et d'économie. La plupart d'entre eux pensent que les terroristes ont encore la capacité de lancer d'autres attaques d'envergure sur les Etats-Unis et que les guerres en Irak et en Afghanistan ont accru le risque de terrorisme aux Etats-Unis.

Considérant le coût énorme de ces guerres, ces sentiments devraient nous faire hésiter et réfléchir.

D'après un récent sondage de CNN, la majorité des Américains pensent que le sujet national le plus important est l'économie (60%), le déficit du budget fédéral (16%), et les soins de santé (9%). Seule une petite fraction d'entre eux pensent encore que le sujet le plus urgent pour la Nation est l'Irak, l'Afghanistan ou la Libye (5%), voire le terrorisme (3%).

Après la forte croissance de la fin des années 1990, la révolution technologique, et l'excédent budgétaire du second mandat de l'ancien Président américain Bill Clinton, les Etats-Unis étaient en relativement bonne position pour faire face aux fardeaux d'une démographie vieillissante et d'un taux de dépendance en hausse. Hélas, ces perspectives ont été sapées par les deux mandats de son successeur, George W. Bush, et le 11 septembre.

A la veille de l'intronisation de Barack Obama, le déficit pour l'année fiscale 2009, qui avait commencé trois mois avant, avait déjà atteint 1 400 milliards de Dollars US. Représentant 10% du PIB des Etats-Unis, c'était le plus fort déficit relatif à l'économie depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Et si les politiques actuelles sont poursuivies, les déficits américains se situeront aux alentours de 1 000 milliards de Dollars US par an pour la prochaine décennie.

Les évènements et politiques qui ont poussé les déficits à des niveaux aussi élevés dans un court laps de temps ne sont pas, pour la plupart d'entre eux, du fait du Président Obama.

Les effets de la pire récession depuis la Grande Dépression des années 1930, et le coût des politiques actives pour la combattre, ont certainement contribué à réduire les perspectives de l'économie américaine. Mais ce sont les réductions d'impôts et les guerres en Irak et en Afghanistan financées par le déficit de la période Bush qui représenteront près de la moitié de la dette de 20 000 milliards de Dollars US que devront les Etats-Unis en 2019.

De leur côté, les lois de relance et les mesures de sauvetage financier ne représenteront que moins de 10% de la dette à ce moment là. De fait, les réductions d'impôt représentent plus de 44% du total.

En politique, le choix du moment compte. La première série de réduction d'impôts de la période Bush a débuté en juin 2001, quelques mois à peine avant le 11 septembre. La deuxième a été adoptée par le Congrès le 25 mai 2003. Elle est intervenue seulement trois semaines après que George Bush ait prononcé son discours « Mission Accomplie » sur le pont du porte-avions USS Abraham Lincoln, mais avant que l'insurrection irakienne n'éclate.

La façon la plus simple pour que le Président américain et le Congrès commencent à stabiliser la dette dans la décennie qui vient serait de laisser toutes les réductions d'impôt de la période Bush arriver à leur terme à la fin de 2012, et d'accélérer les stratégies de sortie d'Irak et d'Afghanistan. Mais, pour des raisons politiques, ce genre de mesures n'est pas viable.

La dette américaine n'est pas soutenable sur le long terme. Elle est aggravée par les conséquences fiscales d'une population vieillissante et de coûts de soins de santé en hausse, car les deux vont continuer à augmenter.

Il y a eu un grand élan de sympathie mondial envers les Etats-Unis après le 11 septembre. Cependant, comme un nouveau sondage de Pew l'a montré, beaucoup de gens dans le monde se sont retournés contre les Etats-Unis au moment où l'administration Bush s'est tournée vers l'Afghanistan et l'Irak, et quand les efforts de lutte contre le terrorisme des Etats-Unis se sont amplifiés.

Un anti-américanisme généralisé s'est répandu dans l'opinion publique internationale tout au long des années Bush, avant de diminuer significativement après l'élection de Barack Obama. Plus récemment, le taux de satisfaction envers le Président Obama et le Congrès ont plongé après la débâcle du plafond de la dette américaine et la dégradation de la note de crédit des Etats-Unis qui a suivi.

Aujourd'hui, à nouveau, la perception des Etats-Unis et de leur rôle dans le monde change à l'étranger. La crise financière mondiale a conduit beaucoup de personnes à voir dans des Etats-Unis à court d'argent une grande puissance sur le déclin.

Le prix réel du 11 septembre ne réside pas dans les attaques terroristes d'Al Qaida. Il est plutôt constitué par le fardeau économique massif que les années post-11 septembre feront peser sur les Américains âgés qui ont perdu une part substantielle de leurs économies, sur les Américains de la classe moyenne qui se battent pour conserver leur logement, et sur les jeunes Américains dont le chômage va façonner une génération.

Rarement un pays a autant espéré qu'à l'automne 2008, quand Barack Obama a remporté les élections présidentielles. Et rarement un pays s'est senti aussi frustré qu'aujourd'hui, alors que la plus grande partie du capital politique du Président Obama s'est envolée.

Le legs réel du 11 septembre pourra être effacé, mais seulement quand les Etats-Unis ne seront plus divisés. Ainsi que l'a dit l'ancien Président américain Dwight D. Einsenhower dans on message d'adieu en 1961, « Cette conjonction d'une immense institution militaire et d'une grande industrie de l'armement est nouvelle dans l'expérience américaine ».

Dans le monde post 11 septembre, l'économie était un sujet secondaire à Washington. Dans un monde multi-polaire émergent, elle devrait être la priorité nationale.

L'auteur est directeur de recherche des Affaires Internationales à l'Institut de l'Inde, de la Chine et de l'Amérique, un groupe de réflexion indépendant situé aux Etats-Unis, et chercheur invité à l'Institut pour les Etudes Internationales de Shanghai.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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