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Français>>OpinionMise à jour 22.07.2011 16h11
Le Dalai Lama, de l'homme de Dieu à l'homme de spectacle

Cette semaine, le tibet célèbre le 60e anniversaire de sa libération pacifique, à grand renfort de spectacles, d'émissions de télévision et d'expositions diverses et variées. Le niveau de modernisation atteint actuellement par le Tibet fait la fierté des Chinois, et sans aucun doute la joie de l'immense majorité des Tibétains, qui ont vu lors de cette période leur terre se transformer radicalement et leur niveau de vie s'améliorer dans des proportions impressionnantes, quand bien même le retard avec les régions les plus riches est encore grand. Il faut dire que le Tibet était parti de bien bas, et que les investissements massifs du Gouvernement Central demanderont encore à être poursuivis et accrus pour combler le retard autant que faire ce peut. Tout cela bien sûr n'est pas du goût de certains occidentaux, plus ou moins intoxiqués par une propagande savamment orchestrée depuis Dharamsala et ailleurs, par des gens qui passent plus de temps à dénigrer ce qui a été fait, à vouloir casser ce qui a été construit, plutôt que de battre leur coulpe et reconnaître que le Tibet d'avant 1951 était un pays féodal où règnait le servage pour la plus grande partie de la population vivant sous la coupe d'une poignée de seigneurs tout-puissants. Oh bien sûr, tout n'a pas été facile depuis 1951, et le Tibet a connu bien des vicissitudes, comme le reste de la Chine d'ailleurs, avant d'entamer sa marche en avant, la libération de son peuple et l'émancipation de ses femmes. Toutes choses que ces gens, en adoration devant le Dalai Lama à qui ils trouvent toutes les vertus, balaient d'un revers de main, oubliant qu'il fut pendant de nombreuses années le dirigeant principal d'un pays aussi fermé que miséreux et arriéré. Mais l'homme a du charisme, c'est indéniable, il le sait et il en joue, et il en a séduit plus d'un, faisant passer à nombre de ceux qui l'écoutent des vessies pour des lanternes et occultant soigneusement son passé et celui du Tibet féodal pour mieux critiquer la Chine et le travail de modernisation qu'elle a fait là-bas, quand bien même je le répète tout n'a pas été toujours parfait, loin s'en faut. Au reste, ceux qui s'imaginent que le Tibet féodal était une terre bénie serait bien inspirés de lire les nombreux ouvrages écrits par divers voyageurs occidentaux avant la libération, et qui, souvent, bien que décrivant le Tibet comme un pays magnifique, fascinant, disaient aussi que son peuple était ignorant, englué dans les superstitions et vivait dans une misère noire. La grande Alexandra David-Néel elle-même, qui put pénétrer au Tibet non sans difficultés, malgré toute la sympathie, l'affection même, qu'elle a pu ressentir pour le peuple tibétain, a fait une description parfois sans concessions du Tibet de l'époque. Et que je sache, comme d'autres qui ont fait le même constat, elle n'a pas été stipendiée par le Parti Communiste chinois pour décrire une sombre réalité. Elle, comme d'autres, a décrit ce pays tel qu'elle a pu le voir. Et ce n'était manifestement pas le paradis que certains aimeraient nous faire croire qu'il était. Il faudrait donc être d'une sacrée mauvaise foi, si je puis m'exprimer ainsi, pour oser prétendre que le Tibet d'avant 1951 était plus heureux que celui de 2011, comme certains thuriféraires du Dalai Lama s'acharnent à essayer de nous le faire croire.

Et donc, ne voilà t-il pas que, comme un fait exprès (un hasard sans doute ?), le Dalai Lama revient sur le devant de la scène, comme un loup qui sort du bois ou un diable qui sort de sa boîte, au moment même où le Tibet célèbre cet anniversaire. Pensez ce que vous voulez, mais vous ne me retirerez pas de l'idée que tout cela est un coup médiatique parfaitement calculé par un homme qui sait manipuler les médias en orfèvre, comme il sait sans doute aussi manipuler les âmes, parfois à leur corps défendant, avec son allure faussement débonnaire et son sourire quasi-permanent. Un véritable homme de spectacle, vous dis-je, un acteur consommé digne de recevoir un Oscar. A ce train là, je ne saurais pas plus étonné que cela si je venais à apprendre un jour que, comme Woody Allen a invité Carla Bruni-Sarkozy à jouer dans son dernier film, un cinéaste l'invite à faire la pige dans son prochain long-métrage... notre homme aime jouer des médias, s'en servir pour sa cause.

Nous avions été nombreux pourtant à avoir cru entendre il y a quelques mois que cet ancien seigneur féodal allait prendre sa retraite. Encore faudrait-il s'entendre sur le sens de ce mot en ce qui le concerne. Quelle retraite ? Celle de l'homme de Dieu, que certains prétendent qu'il est, ou de l'homme politique ? Curieux mélange des genres en vérité... personnellement je n'ai guère d'estime pour les religions quelles qu'elles soient, à supposer que le Bouddhisme en soit une, soit dit en passant, considérant qu'elles servent plus à aliéner les hommes qu'à les libérer. Mais chacun est libre de croire ou non, et il est indéniable que certains hommes (ou femmes) de Dieu sont des êtres remarquables de compassion, de solidarité et de chaleur, qui convaincraient plus d'un athée. Tant qu'ils ou elles restent dans ce domaine et ne s'aventurent pas sur le terrain de la politique, où, l'histoire l'a montré et le montre encore aujourd'hui, le mélange politique-religion donne rarement de bons résultats.

Mais il semble que le Dalai Lama soit plus porté sur la politique que sur la religion, en dépit de son statut de saint homme, et c'est bien regrettable. On pourrait même dire, sans exagérer, que le célèbre proverbe « l'habit ne fait pas le moine » lui va comme une robe de moine (pardon, comme un gant...).

Il y a quelque chose de pathétique chez ce vieil homme à vouloir absolument se mettre en avant, à vouloir être reçu par les grands de ce monde, bien qu'il sache pertinemment que ses hôtes, y compris le dernier en date, le Président Obama, ne contestent pas le fait que le Tibet fait partie de la Chine et ne lui prêteront sans doute jamais main forte pour l'aider à atteindre son but, faire éclater la Chine. Et qu'ont gagné ceux qui l'ont reçu, fut-ce parfois en catimini, à part une brève gloriole (« Je sais résister à la Chine, moi ! ») ? Rien, quand on y réfléchit un peu. J'avoue ne pas bien saisir ses motivations, son acharnement même, pour un combat qu'il ne saurait gagner. Pas plus que je ne saisis celles de ceux qui se laissent piéger par ses fausses bonnes intentions en le recevant. Tout cela tient donc plus pour moi, je le répète, du spectacle qu'autre chose.

Et comme si cela ne suffisait pas, celui qui est aussi à ses heures perdues amateur d'horlogerie comme Louis XVI fut, dit-on amateur de serrurerie (notez au passage qu'une de ses montres préférées, qu'il serait en mesure, parait-il, de réparer lui-même, est une Patek Philippe, montre de grand prix que fort peu de Tibétains doivent encore pouvoir s'offrir, sans parler de ceux d'avant 1951, et que le Président Obama, connaissant le goût du Dalai Lama pour les montres de luxe, lui avait déjà offert une Rolex... Sa Sainteté n'est apparemment pas encline à faire voeu de pauvreté, comme pourtant, il me semble, le bouddhisme le demande), voilà donc que notre ancien autocrate des neiges joue à présent les juges dans une émission de la télévision australienne où des gâte-sauce lui présentent des plats plus ou moins bien confectionnés. Si ce n'était pas aussi pitoyable de voir un homme que ses partisans prétendent saint se vautrer désormais, toute honte bue, dans la fange télévisuelle américano-australienne, il y aurait de quoi en rire. Il y a fort à parier qu'à ce petit jeu, celui qui tient plus souvent de l'acteur chevronné et du politicien aguerri que du véritable homme de Dieu, et qui cherche tous les moyens pour attirer l'attention des médias, déçoive, et voie encore le nombre de ceux qui le soutiennent diminuer encore. Le Tibet n'a pas besoin de ce genre d'homme de spectacle, qui ridiculise de plus maintenant une fonction considérée comme sainte par beaucoup, mais de gens sincères et courageux qui travaillent pour son avenir, pas pour faire revenir un passé révolu en s'imaginant que tous les moyens, y compris les plus ridicules, sont bons pour cela.

Laurent Devaux

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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