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Français>>OpinionMise à jour 30.05.2011 16h03
De la sur-dépendance envers le Dollar

Pour que l'économie mondiale déséquilibrée revienne sur une voie équilibrée, le système monétaire international doit être réformé.

Il y a deux arguments fortement contrastés qui expliquent les déséquilibres globaux entre les Etats-Unis, qui sont le pays qui connaît le plus fort déficit commercial, et la Chine, le pays qui affiche le plus gros excédent commercial du monde.

Le premier argument fait reproche à la Chine d'être la source majeure des déséquilibres, tandis que l'autre cherche davantage de raisons fondamentales au sein même du Fonds Monétaire International (FMI).

En fait, les deux arguments ne sont que les deux faces de la même pièce. D'un côté, l'économie mondiale est basée sur le Dollar US, et de l'autre le Dollar US a toujours été considéré comme un « véhicule public » offrant un « voyage gratuit » aux autres monnaies.

A part la valeur de l'externalité de réseau de l'utilisation généralisée du Dollar pour les Etats-Unis, une telle position a également un avantage économique évident, connu sous le nom de « seigneuriage ». En retour pour l'injection de liquidités dans le commerce mondial et les investissements, le Gouvernement américain, en échange, reçoit des biens et des services de la part d'autres pays.

Le seigneuriage ne peut exister que sous deux conditions : une, c'est que la monnaie soit internationale ; l'autre, c'est que l'émetteur de cette monnaie soit un importateur unique, ou tout au moins dominant.

Lors des six dernières décennies, le Dollar US a joué un rôle pivot de catalyseur dans l'économie et le commerce internationaux d'après-guerre, qui a connu le plus fort taux de développement jamais connu.

Mais les années ont passé, le Dollar US n'a cessé d'injecter des liquidités excessives dans le système économique mondial. Résultat, les Etats-Unis ont accumulé un énorme déficit commercial avec 91 pays, parmi lesquels la Chine et le Japon sont les plus importants.

Il se trouve que les Etats-Unis ont rempli les deux conditions de seigneuriage mentionnées ci-dessus, cela en dépit des conflits d'intérêt possibles entre les objectifs économiques intérieurs à court terme et les objectifs économiques internationaux à long terme -ce qu'on appelle le Dilemme de Triffin, du nom du Professeur Robert Triffin, qui l'a identifié à la fin des années 1950.

En 2009, le Gouverneur de la Banque Populaire de Chine Zhou Xiaochuan a posé la question de savoir si le monde aurait avantage à posséder une monnaie supra-nationale, qui serait idéalement les Droits de tirage Spéciaux du FMI, afin d'éviter le Dilemme de Triffin.

Cependant, il n'y a aucune certitude que cette monnaie supra-nationale créée artificiellement existera jamais un jour, ce qui fait que le problème concret auquel fait face le monde est celui-ci : si le créateur d'une monnaie de réserve internationale ne peut faire disparaître de lui même le Dilemme de Triffin, ce fardeau peut-il alors être partagé avec la monnaie d'autres économies émergentes, comme le Renminbi chinois, le Real brésilien ou la Roupie indienne, afin d'avoir une économie mondiale plus équilibrée ?

Un choix de ce genre devrait se fonder essentiellement sur le poids démographique et économique des membres majeurs du FMI. Par exemple, la part des Etats-Unis dans l'économie mondiale ne représente que 23%, mais le Dollar US est utilisé pour 70% du commerce mondial et représente 67% des réserves internationales. L'Euro représente 26% des réserves mondiales de devises, alors que les droits de vote de l'UE au FMI dépassent ceux des Etats-Unis.

La Chine est à présent la deuxième plus grande économie du monde, et le premier exportateur, mais ses droits de vote au FMI ont a peine dépassé les 4%.

Il est évident qu'un réajustement du système monétaire international est nécessaire.

Mais, revers de la médaille, la Chine doit aussi réajuster son schéma de développement économique, d'une stratégie tournée vers les exportations à une économie plus orientée vers la consommation, en dépit d'une accumulation d'énormes réserves de devises étrangères, en grande partie constituées de Dollars US. Afin de mieux gérer ses réserves de devises, la Chine devrait importer davantage, et trouver des façons alternatives d'investir à l'étranger, plutôt que de mettre ses excédents commerciaux dans les bons du trésor américain.

Dans les années qui viennent, la monnaie chinoise devra, tôt ou tard, jouer un rôle international dans les règlements commerciaux et les dépôts des banques centrales, en ligne avec la mondialisation de son économie.

Cela ressemble fort à une solution au Dilemme de Griffin : à défaut de pouvoir être éliminé en totalité, il peut, tout au moins, être partagé entre beaucoup plus d'acteurs, afin que l'économie mondiale déséquilibrée revienne sur une voie plus équilibrée.

En mars de cette année, les banquiers centraux du G20, des penseurs universitaires de haut niveau et des dirigeants financiers se sont réunis en Chine pour chercher des solutions à ce problème. L'ancien directeur général du FMI Michel Camdessus a ainsi constitué un groupe d'économistes d'élite composé de 18 personnes venant du monde entier pour trouver une solution au Dilemme de Triffin.

Le Professeur Robert Mundell, lauréat du Prix Nobel d'économie, a proposé l'idée de créer une banque centrale mondiale, avec un système de taux de change fixe, et de nombreuses autres personnes ont offert leurs idées pour le développement de cette idée.

Pour autant, aucun consensus sur la réforme du système monétaire international n'est encore en vue. Nous vivons, et pour longtemps encore, dans une économie mondiale libellée en Dollars US, qui a généré des déséquilibres dans le commerce et une disponibilité excessive de liquidités.

L'auteur, Niu Tiehang, est chercheur émérite au Centre Chinois pour les Echanges Economiques Internationaux à Beijing

Source: Présidence de la République

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