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Français>>OpinionMise à jour 10.05.2011 16h32
Le siècle de l'Asie est-il devant nous ?

Une Asie qui produit plus de la moitié du PIB mondial ? Trois milliards d'Asiatiques considérés comme faisant partie du « monde riche » en 2050 ? Un rêve ou une réalité plausible ?

Cela pourrait arriver si l'économie de la région continue de croître à son rythme actuel et si les nouvelles générations asiatiques reprennent le flambeau et le portent encore plus loin.

Ce flambeau, cependant, risque aussi d'être un flambeau particulièrement glissant. Il y a en effet plusieurs défis et risques multigénérationnels de taille qui devront être vaincus en chemin.

C'est vrai que c'est une Asie en plein développement qui a tiré le monde de sa pire récession depuis la Seconde Guerre Mondiale. Et c'est vrai aussi que le centre de gravité économique du monde semble se déplacer vers l'Asie.

Par conséquent, un siècle de l'Asie parait tout à fait plausible. Mais l'émergence de l'Asie n'est en rien écrite d'avance.

La marche de l'Asie vers la prospérité et la libération de la région de la pauvreté extrême aura besoin d'autre chose qu'une simple forte croissance. Les inégalités béantes doivent être comblées autant que faire se peut. Et abritant plus de la moitié de la population mondiale, l'Asie va devoir faire face à une vague d'urbanisation massive et gérer un profil démographique en évolution rapide.

La compétitivité à long terme de l'Asie dépendra fortement de l'intensité d'utilisation de ses ressources, dont des ressources comme l'eau et la nourriture, et d'une capacité à gérer l'empreinte carbone de la région. Il est dans l'intérêt évident de l'Asie d'encourager et d'investir dans l'innovation et les technologies propres pour pouvoir maintenir son impressionnant rythme de croissance.

Tous ces défis ne sont rien d'autre que mutuellement exclusifs. Les peuples de l'Asie y font face par des améliorations constantes de leur productivité, en prenant des mesures pour lutter contre le changement climatique et en se concentrant sur une croissance inclusive. Mais la liste des défis est longue, et si l'on n'y prend pas garde, des millions d'Asiatiques pourraient être privés de la chance de participer aux progrès de la région.

Ces risques non seulement se renforcent mutuellement, mais ils sont aussi susceptibles d'exacerber les tensions existantes voire de créer de nouveaux conflits. S'ils ne sont pas gérés de manière intelligente, ils pourraient même menacer les gains si chèrement acquis lors des quarante dernières années, et saper les énormes gains potentiels des quarante années qui viennent.

L'Asie doit tirer les leçons de l'histoire. La leçon la plus importante est peut-être d'éviter les erreurs que certains pays ou régions ont commises dans le passé après une période de croissance et d'industrialisation rapides sans précédent.

Les économies à croissance rapide comme la Chine, l'Inde, l'Indonésie et le Vietnam ne peuvent se permettre de tomber dans le piège des revenus moyens -passer d'une croissance fondée sur les ressources avec une main d'oeuvre et un capital bon marchés à une croissance marquée par une forte productivité et l'innovation.

Ensuite vient le grand défi de la gouvernance et de construction institutionnelle, le talon d'Achille de la plupart des économies asiatiques. La qualité institutionnelle doit s'améliorer en même temps que la corruption doit être éradiquée.

Le dernier défi est celui d'une gouvernance efficace - une gouvernance qui fournit des soins de santé et une éducation de qualité ; des infrastructures pour le déplacement des gens et des biens ; la création de villes efficaces et agréables à vivre ; des systèmes bancaire et financier stables ; et enfin des structures légales fiables et équitables protégeant les droits des citoyens.

Pour être bref, les pays d'Asie doivent moderniser leurs systèmes de gouvernance et refondre leurs institutions pour assurer transparence, responsabilité et applicabilité.

La mondialisation, qui couvre un régionalisme ouvert et une meilleure coopération internationale, nous a permis de réussir jusqu'ici. Si nous renforçons ce processus plus encore avec de l'innovation et de l'esprit d'entreprise, en se focalisant sur une plus grande inclusion dans et entre économies, si nous poursuivons dans la voie d'un développement durable et améliorons la gouvernance en tant que clés de voûte de cette construction pour le futur, alors oui, un siècle de l'Asie sera à la fois plausible et possible.

Il est temps de nous regarder dans le miroir et de tirer les leçons de nos erreurs, mais de nos succès aussi. Les politiques qui ont fonctionné en Asie alors que ce continent était une région à faibles revenus et au capitaux rares ont moins de chances de fonctionner aujourd'hui et moins encore dans l'avenir. Les dirigeants de l'Asie doivent donc élaborer des politiques nationales audacieuses et innovantes tout en poursuivant une coopération régionale et mondiale.

Je crois que la coopération et l'intégration régionales sont essentielles à la marche de l'Asie vers la prospérité. Une meilleure coopération permettra de protéger les gains économique si chèrement acquis des dangers extérieurs. Et elle cimentera aussi le pouvoir économique de la région et renforcera sa voix dans une architecture financière mondiale en changement permanent. La coopération régionale est un pont qui relie des économies individuelles au reste de l'humanité.

Mais il y a plus important encore. Les Asiatiques doivent apprendre à se faire mutuellement confiance. Sans confiance, on ne peut pas espérer grand chose de la coopération régionale. Oui, les Asiatiques peuvent tirer les leçons de l'histoire de l'Europe. Mais nous devons aussi tirer les leçons de notre propre histoire, qui a vu des conflits se transformer en coopération, ainsi de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est et la Sous-région du Grand Mékong, qui en sont deux bons exemples.

L'empreinte mondiale future de l'Asie porte avec elle de nouvelles responsabilités et de nouvelles obligations. Le bien public national -comme le libre-échange, la stabilité du système financier, et la sécurité- sont des responsabilités que nous devons assumer, et nous devons montrer au monde notre volonté d'être constructifs dans le processus de progrès des biens communs mondiaux. En tant que leader mondial naissant, l'Asie doit se comporter et être considérée comme un citoyen du monde responsable.

Qu'on me permette d'insister sur un point : le siècle de l'Asie ne sera pas un siècle qui appartiendra à l'Asie. Ce sera le siècle d'une prospérité mondiale partagée où les Asiatiques prendront leur place parmi les rangs des riches, à égalité avec ceux d'Europe et d'Amérique du Nord.

Les défis qui sont devant nous sont énormes. La prospériét future doit se gagner. Et les économies avancées le savent bien, ce n'est jamais écrit à l'avance.

L'auteur, Haruhiko Kuroda, est le Président de la Banque de Développement Asiatique.






Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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