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Français>>OpinionMise à jour 29.04.2011 13h16
Faut-il être inquiet si la Chine dépasse les Etats-Unis ?

Plusieurs observateurs ont signalé cette semaine que l'économie de la Chine dépasserait celle des Etats-Unis en 2016. Cette prévision se fonde sur les dernières projections en date du Fonds Monétaire International, qui ont été publiées en avril dans sa base de données semestrielle Perspectives Economiques Mondiales. Comme 2016 n'est qu'à quelques années de nous, et que ce sera la première fois en plus d'un siècle que les Etats-Unis ne seront plus la plus grande économie du monde, nul doute que ce développement va faire l'objet de quelques discussions, de différentes perspectives.

D'abord, regardons le côté économique. La Chine est depuis plus de trente ans l'économie qui connaît la plus forte croissance dans le monde, ayant été multipliée par 17 en termes réels (en tenant compte de l'inflation) depuis 1980. Il est bon d'insister sur le fait que la plus grande partie de cette croissance record a eu lieu entre 1980 et 2000, alors que le reste du monde en développement était plutôt en difficulté après l'application de changements de politiques néo-libérales – ouverture sans discernement aux flux commerciaux et financiers, banques centrales de plus en plus indépendantes, politiques fiscales et monétaires plus strictes (et souvent pro-cycliques), et abandon des stratégies de développement antérieures, qui avaient pourtant réussi.

La Chine n'a manifestement pas adopté ces changements de politique, promus depuis Washington par des institutions comme le FMI, la Banque Mondiale, et plus tard l'Organisation Mondiale du Commerce (la Chine n'a d'ailleurs pas rejoint l'OMC avant 2002). Il est vrai que l'accélération de la croissance chinoise s'est accompagnée d'une extension rapide du commerce et des investissements étrangers. Mais tout cela a été fortement dirigé par l'Etat, pour s'assurer qu'il y avait concordance avec les objectifs de développement du Gouvernement – pour ainsi dire l'inverse de ce qui s'est passé dans la plupart des autres pays en développement.

Parmi les objectifs de la Chine, la production pour les marchés à l'exportation, la promotion de niveaux de technologie plus élevés (avec également un objectif de transfert de technologie des entreprises étrangères vers l'économie nationale), l'embauche de résidents locaux pour des emplois techniques et de direction, et l'interdiction imposée aux investissements étrangers d'entrer en concurrence avec certaines industries locales.

L'économie chinoise est encore fortement dirigée par l'Etat, le Gouvernement contrôlant la plus grande partie du système financier, les taux de change, et environ 44% des actifs des plus grandes entreprises industrielles. C'est cela qui explique que la Chine a pu traverser la récession mondiale avec un taux de croissance de 9,8%, et cela même en ayant perdu près de 3,7 points de pourcentage du PIB du fait de la chute de ses exportations.

Passons maintenant à la politique et aux implications internationales. D'abord, la plus grande partie des discussions sur l'émergence de la Chine est écrite selon une perspective américaine, c'est à dire, selon la perspective d'un empire. De ce point de vue, l'émergence de la Chine est une « menace ». Comme ce point de vue considère la suprématie de Washington et de ses alliés comme étant une bonne chose pour le monde, l'émergence de la Chine est également considérée comme une menace pour le monde. On tient pour acquis que la Chine deviendra un empire, comme les Etats-Unis, mais sans être aussi « bienveillante » que les Etats-Unis.

Mais ce point de vue ne tient pas face aux faits. Pour ne prendre que l'histoire actuelle et récente, ce sont les Etats-Unis qui ont envahi l'Irak, conduisant à un chiffre estimé à un million de morts, ce sont eux qui occupent l'Afghanistan, qui bombardent le Pakistan et la Lybie, et qui menacent l'Iran. Les Etats-Unis et leurs alliés ont la mainmise sur la politique économique de nombreux pays en développement, via le FMI, la Banque Mondiale et autres institutions, occasionnant de nombreux dommages ces dernières décennies.

Aussi un changement de pouvoir vers un monde multipolaire pourrait bien nous donner un monde plus pacifique et plus juste. Et de fait, c'est déjà ce qui est en train de se passer : la majorité de l'Amérique Latine, par exemple, est gouvernée par des gouvernements démocratiques de gauche qui ont mis en oeuvre des réformes positives qui ont bénéficié au plus grand nombre –une chose qui était quasiment impossible tant que Washington dominait la région. Et bien entendu, la grande majorité des Américains aussi tireront bénéfice d'un rôle plus restreint de leur pays dans le monde, alors que nous sommes en train de voir ce pays revenir à une république et de perdre ce statut d'empire : moins de dépenses dans des guerres qui n'ont aucun sens, moins de morts, moins d' ennemis et moins de mise à l'écart des vrais problèmes qui existent chez nous.

La politique étrangère de la Chine est essentiellement dirigée vers la sécurisation des matières brutes et du commerce qui alimenteront sa croissance et son développement. Et cela se fait par le biais de transactions commerciales. Oh bien sûr, ses entreprises, comme celles des pays riches, sont tombées sous le feu des critiques dans différents pays. Mais au moins la Chine n'essaie t-elle pas de dire aux autres pays quelle doit être leur politique étrangère à l'égard des autres pays ou comment doit être leur politique économique dans son ensemble, ce que font souvent les Etats-Unis. C'est une différence importante entre un pays qui poursuit ses propres intérêts nationaux et économiques, et un empire qui cherche à imposer son propre ordre au monde entier.

Il est toujours possible que la Chine, quand elle sera devenue un pays riche –mais c'est encore à de nombreuses années de nous- puisse développer à son tour des ambitions impériales. Mais pour l'heure, ses dirigeants semblent voir dans la Chine un pays en développement cherchant à devenir un pays à hauts revenus, et n'envisagent pas un rôle d'empire dans ce processus. Comme le disait feu Deng Xiaoping, dirigeant chinois « Bannissez la lumière, chérissez l'obscurité ».

Il y a quelques mois, des articles de presse, utilisant une évaluation du PIB basée sur le taux de change, ont annoncé que la Chine était devenue la « deuxième plus grande économie » du monde cette année seulement. Mais si on évalue en termes de parité de pouvoir d'achat, ce qui ajuste la différence pour de nombreux pris entre la Chine et les Etats-Unis, la Chine est devenue la deuxième économie du monde il y a déjà plusieurs années.

Tout est affaire de technique : si nous évaluons l'économie chinoise en Dollars US au taux de change actuel, elle a atteint 5 900 milliards de Dollars US en 2010, contre 14 700 milliards de Dollars US pour les Etats-Unis. Si on l'évalue en termes de parité de pouvoir d'achat, l'économie chinoise a atteint 10 100 milliards de Dollars US en 2010. C'est ce type d'évaluation que le FMI estime qu'il donnera un chiffre de 18 980 milliards de Dollars US en 2016, relégant les Etats-Unis à la deuxième place avec 18 810 milliards de Dollars US.

Cependant, il est probabble que même l'évaluation parité de pouvoir d'achat du FMI sous-estime le PIB de la Chine : Arvind Subramanian, économiste, estime lui que le PIB de la Chine en termes de parité de pouvoir d'achat en 2010 était déjà à peu près équi valent à celui des Etats-Unis.

Un porte-parole du FMI, cité hier par le Financial Times, est cependant intervenu dans le débat :

« Le FMI considère que le PIB en termes de parité de pouvoir d'achat n'est pas la façon la plus appropriée de comparer la taille relative de pays dans l'économie mondiale, car les niveaux de prix parité de pouvoir d'achat sont influencés par des services non marchands, qui sont plus significatifs sur le plan interne que sur le plan mondial... le Fonds estime que le PIB en termes de taux de marché est plus important. Et selon cette mesure, le PIB des Etats-Unis est encore 130% plus élevé que celui de la Chine, et il sera toujours plus grand de 70% en 2016 ».

Il est vrai que l'évaluation en termes de « taux de marché » est meilleure pour certaines comparaisons. Mais il est un domaine important où l'évaluation en termes de parité de pouvoir d'achat est plus pertinente, celui des dépenses militaires. Par exemple, les coûts de production d'un avion militaire et de formation d'un pilote sont beaucoup plus faibles en Chine qu'aux Etats-Unis. La politique actuelle de Washington est de maintenir une suprématie militaire en Asie, mais si jamais elle se lançait dans une course aux armements avec la Chine, la période de la Guerre Froide paraîtrait bon marché en comparaison. Car l'économie de l'Union Soviétique ne représenatit qu'un quart de celle des Etats-Unis quand nous avons connu cette course aux armements. Si les Etats-Unis se livrent à une véritable course aux armements avec la Chine, alors nous Américains pourrons dire adieu à Medicare, à la sécurité sociale et à la plus grande partie de ce pourquoi le Gouvernement Fédéral dépense de l'argent.

Fort heureusement, une nouvelle Guerre Froide avec la Chine n'est pas dans les cartons pour l'heure. Mais la taille de l'économie chinoise est une autre bonne raison de s'assurer que cela n'arrivera pas.

Mark Weisbrot est co-directeur du Centre pour les Recherches en Economie et en Politique à Washington DC

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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