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Français>>OpinionMise à jour 07.12.2010 14h17
Péninsule coréenne : la Chine reste neutre

Près de deux semaines se sont écoulées depuis que la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) et la République de Corée ont échangé des tirs d'artillerie. A présent, les Etats-Unis essaient de faire davantage pression sur la Chine pour qu'elle « calme » la RPDC. Ils accusent même la Chine de « permettre » à la RPDC de commencer un programme d'enrichisssement d'uranium et de lancer des attaques contre la Corée du Sud.

Lundi, un journal japonais a rapporté que le Japon qualifierait la RPDC de menace et les activités militaires chinoises de problème dans la mise à jour de ses directives de Programme de Défense Nationale.

Des hauts diplomates de la Corée du Sud et du Japon sont partis vers Washington lundi pour y avoir des discussions tripartites, ce qui veut dire que les trois pays écartent la possibilité de pourparlers du groupe des Six Parties et vont essayer de résoudre le problème par le biais d'un plan unilatéral. Cela reflète un changement de politique de la part de ces trois pays après qu'ils aient considéré que la RPDC possède réellement des armes nucléaires.

La Chine se doit d'être vigilante sur l'actuelle crise de la Péninsule coréenne. C'est en effet la première fois que la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis ont une coopération militaire tripartite. Et à présent les Etats-Unis renforcent leur présence militaire en Asie de l'Est en décrivant la Chine comme une « alliée » de la RPDC.

La situation dans la Péninsule est inquiétante et devient plus complexe, car le fâcheux échange de coups d'artillerie, précédé de l'incident du Cheonan en mars dernier, a eu pour conséquence de profonds changments structurels dans la Péninsule coréenne.

Le changement le plus frappant est celui qui a touché la politique intérieure sud-coréenne, où la « politique du rayon de soleil » a perdu le soutien de l'opinion publique. Quand Lee Myung-bak, qui est opposé à cette « politique du rayon de soleil » a gagné les élections générales en Corée du Sud en 2007, de nombreuses personnes ont considéré que cela était une sorte de cycle politique normal. Mais après les deux incidents, la plupart des habitants de la Corée du Sud se sont mis à considérer que la « politique du rayon de soleil » était un échec qui ne pouvait en rien modifier le jeu à somme nulle auquel se livrent Pyongyang et Séoul.

En effet, d'après un sondage d'opinion, environ 70% des Sud-coréens soutiennent à présent une politique plus dure à l'égard de la RPDC, et certains hommes politiques qui auparavant étaient en faveur de la « politique du rayon de soleil » ont changé leur position. L'atmosphère de « guerre froide » semble être revenue dans le pays.

Avec les deux parties qui s'accrochent à leur ligne dure, le danger de confrontation a fortement augmenté. Dans le passé, la RPDC menaçait de déclencher une « guerre totale », une « guerre nucléaire » ou de « mettre Séoul à feu et à sang » pour exprimer sa colère face à la manière dont elle était traitée par la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis, tandis que la Corée du Sud insistait pour répondre du tac au tac. Mais cette fois, la situation semble différente. La Corée du Sud a changé son ministre de la défense et adopté une nouvelle politique de vengeance. L'exercice militaire conjoint mené par la Corée du Sud et les Etats-Unis immédiatement après les échanges d'artillerie montre bien la détermination de Séoul.

A l'évidence, aucune des deux parties ne veut d'une guerre, mais compte tenu de la faible marge de manoeuvre des dirigeants de la RPDC et de la Corée du Sud, le danger d'une confrontation militaire augmente.

Des pressions politiques sur des points critiques peuvent provoquer des conflits inattendus. Avec les Etats-Unis et la Corée du Sud qui consolident leur alliance, une nouvelle mentalité de « guerre froide » va peut-être faire son retour en Asie de l'Est. Avec des exercices militaires conjoints, la coopération militaire entre les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon devient une réalité. L'alliance politique des trois pays est aussi renforcée, du fait de leur coordination qui s'intensifie en matière d'affaires étrangères.

Le contraste avec le refroidissement des relations entre les trois pays et la Chine n'en semble alors que plus frappant.

La Corée du Sud est mécontente de la réaction de la Chine face aux incidents du Cheonan et des échanges de tirs d'artillerie, tandis que les exercices américano-coréens en Mer Jaune ont mis à mal les relations sino-américaines. Dans le même temps, le leader de la RPDC s'est rendu deux fois en Chine, insistant sur l'amitié et la coopération mutuelle. Cependant, si deux alliances se forment en Asie de l'Est, cela ne profitera à personne. Les Etats-Unis et la Chine en particulier devraient essayer d'éviter toute confrontation du fait de conflits entre d'autres pays.

La possibilité d'une résolution pacifique du problème du nucléaire nord-coréen s'est réduite dpuis que les pourparlers des six parties en sont arrivés à un point mort. C'est seulement quand toutes les parties croiront qu'une dénucléarisation de la Péninsule coréenne est possible qu'elles pourront retourner à la table des négociations.

En fait, la situation a commencé à s'aggraver en 2009, quand la Corée du Sud et la RPDC ont adopté des positions dures. Après avoir effectué des essais de missiles à longue portée et des tests nucléaires, la RPDC a essayé d'améliorer ses relations avec les autres parties par le biais d'une diplomatie active, mais les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon ont insisté pour lier leur aide à la dénucléarisation. Il devenait dès lors impossible d'éviter un blocage, parce qu'aucune des parties n'était disposée à faire de compromis.

Ces développements ont mis la Chine dans une position délicate en tant qu'hôte des pourparlers des Six Parties. Sa proposition de tenir une réunion d'urgence des six parties a été considérée comme partisane par les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon, quand bien même la Chine entière ne souhaite qu'obtenir la paix et la stabilité par le biais d'un ballet diplomatique.

La Chine peut s'enorgueillir de résultats diplomatiques impressionnants durant ses trente années d'ouverture et de réforme. D'une certaine manière, c'est la ligne de Deng Xiaoping « oublier la splendeur, travailler dans l'ombre » qui a épargné beaucoup de problèmes à la Chine et lui a fait gagner de nombreux amis. Deng Xiaoping ne croyait en aucune alliance, aucun groupe idéologique. Pour lui, ce qui passait avant tout, c'était les intérêts nationaux et agir comme un pays responsable.

Le Ministre des Affaires Etrangères Yang Jiechi a suivi ce principe lors de son discours du 1er décembre. S'exprimant sur le sujet de la Péninsule coréenne, il a insisté sur le fait qu'en tant que puissance responsable, la Chine ne jugerait qu'en se basant sur les faits, plutôt que de prendre le parti de tel ou tel pays. Il avait raison.

La Chine a fait beaucoup d'efforts pour aider à la dénucléarisation et à la restauration de la paix dans la Péninsule.

La Chine ne sera pas partiale dans sa politique étrangère. Mais pour l'heure, elle n'a pas réussi à gagner la confiance de toutes les parties, qui est nécessaire pour contribuer à faire baisser la tension. A présent, la tâche première de la Chine est de déterminer quelles inititatives elle va prendre pour s'assurer que ses efforts ne resteront plus incompris.

L'auteur, Zhang Liangui, est professeur à l'Ecole du Parti du Comité Central du Parti Communiste Chinois.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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L'avenir des troupes étrangères sur l'île d'Okinawa joue un rôle d'importance majeur dans ...
Bonjour,C'est un bon article, mais tout de même, la politique Chinoise envers la Corée du ...
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