



Il y avait dans le passé une histoire comme quoi Khwarizmi, un ancien royaume asiatique, suivait une curieuse tradition : les informateurs qui venaient avec une bonne nouvelle pour le roi avaient une promotion et étaient récompensés, alors que ceux qui venaient avec de mauvaises nouvelles étaient donnés aux tigres. Ainsi, les généraux qui étaient sur le front de guerre s'étaient mis d'accord pour demander aux soldats qui méritaient d'être récompensés de ramener des nouvelles de victoire en renvoyant ceux qui défiaient leurs disciplines pour rapporter des nouvelles de défaite.
Ce serait bien si ces règles existaient uniquement dans la fiction. Mais, même dans la vie réelle, les hommes, surtout ceux qui sont au pouvoir, ont tendance à accepter plus facilement de bonnes nouvelles, car non seulement c'est agréable à entendre, mais c'est aussi considéré comme un symbole de leur réussite administrative. Des mauvaises informations, peuvent en revanche leur causer du tort. Cette mentalité est celle des fonctionnaires locaux qui falsifient les statistiques tentant de polir leur image politique par la fabrication des histoires montées de toute pièce, même au détriment de la vie de la population locale et de ses moyens de subsistance. Et en le faisant, ils espèrent que leurs réalisations administratives seront remarquées et mises en évidence par les supérieurs.
Généralement parlant, il existe essentiellement trois façons d'obtenir ce genre d'informations : les fournir sans fournir les faits réels, les modifier en se basant sur les faits réels ou tout simplement les créer. Inutile de dire que la dernière façon se révèle être la plus économique au niveau du temps et la plus facile à effectuer, et de ce fait, elle est la plus communément utilisée par les responsables locaux. Il a été souvent révélé que certains responsables locaux se spécialisent dans la fabrication de données pour obtenir l'honneur, des récompenses matérielles ou à des promotions de la part des autorités supérieures. Certains cas graves de fabrication de faits ont également été découvert au cours des dernières années avec par exemple, certains gouvernements locaux falsifiant les statistiques pour se venger du personnel qui aurait refusé de les soutenir dans leurs actes.
Un rapport d'inspection de loi émis par l'Assemblée populaire national (APN), le plus haut organe législateur chinois, a cité la municipalité de Chongqing au sud-ouest de la Chine à titre d'exemple, en affirmant que des responsables de cette ville, dans le but d'atteindre l'objectif annuel du développement économique, auraient simplement demandé aux employés du bureau local des statistiques d'ajouter un «0» à la valeur de la production d'une entreprise locale, ce qui lui a fait 30 millions de yuans de revenus au lieu de 3 millions de yuans comme il était mentionné. " Cela explique aussi pourquoi la différence est tellement grande entre les chiffres du PIB soumis par les gouvernements locaux et ceux qui sont récoltés par le Bureau national des statistiques (NBS). En 2005, l'écart était de près de 2,66 milliards de yuans.
En outre, enfouie dans la jungle des données officielles fausses, on voit apparaître aujourd'hui une façon plus insidieuse du traitement des données en question pour les rendre bien adaptés aux besoins spécifiques, et là, il s'agit de la manipulation sélective. C'est plutôt une compétence et non pas une stratégie pour certains responsables locaux d'apprendre quelle information serait retenue pour une bonne utilisation et celle qu'il faut falsifier. Certains «informations utiles», si elle sont positives, pourraient même être exagérées et portées à la connaissance du public le plus rapidement possible. Poussés par l'appétit du pouvoir, certains responsables manipulent les statistiques et les données de la même manière que l'argile à mouler dans leurs mains : ils peuvent facilement les façonner de la façon qu'ils désirent.
"La réussite d'un fonctionnaire est tout simplement numérisée", dit-on avec ironie. Les conditions sociales sont telles que le seul critère pour évaluer la performance d'un fonctionnaire local c'est de savoir combien de chiffres il peut produire et présenter, et ces chiffres jouent aussi un rôle décisif dans sa promotion et son avenir. Pas étonnant que derrière ces chiffres gonflés il y a toujours l'abus de pouvoir, et tout un tas de fonctionnaires corrompus. Les fausses informations véhiculées par la falsification des statistiques et des enquêtes, portent non seulement atteinte à l'intérêt public, mais posent également un grave défi à la qualité des statistiques et à la responsabilité dans une économie encore très jeune. À long terme, ce qui est empoisonné par des fausses informations ne sera pas limité uniquement à la sphère économique, mais portera aussi préjudice à la sécurité nationale.
En raison de cela, la Chine a l'intention de réviser la loi sur les statistiques et d'imposer des peines sévères aux fonctionnaires qui interviennent dans le calcul des données statistiques, manipulent ou fabriquent des données. "Et un projet révisé de la loi a déjà été présenté à l'APN lundi pour inspection et délibération. La révision vise principalement à interdire toute modification volontaire des données par des fonctionnaires pour en tirer des avantages personnels, et s'ils sont découverts, la législation indique que ce fonctionnaire sera condamné.
Espérons que les mesures législatives, prises par le gouvernement dans un effort visant à renforcer la crédibilité et la qualité des statistiques, de prévenir et de réprimer la fabrication de données, et promouvoir le partage de l'information concernant les statistiques, sera une véritable expiation de la responsabilité face aux données statistiques, une vraie panacée pour la méfiance publique concernant les données officielles. Après tout, c'est un bon début.
Par Li Hongmei
Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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