Lorsque les historiens se pencheront sur cette période de l'histoire, ils vont probablement qualifier la reforme et l'ouverture chinoise comme l'événement le plus important. La réforme a propulsé la Chine du statut d'un pays pauvre et retardé vers un statut de l'une des plus grandes et des plus importantes économies du monde.
La Chine a encore un long chemin à parcourir pour devenir une économie pleinement développée, mais ses perspectives restent lumineuses, même dans le contexte de la turbulence économique mondiale.
Lors du 30e anniversaire du lancement des réformes économiques, il est naturel de se demander quelles leçons offre la Chine à d'autres pays en voie de développement. Bien sûr, l'expérience de la Chine ne peut pas simplement être transférée à d'autres pays. La situation de chaque pays est différente. Cependant, les pays peuvent apprendre quelque chose les uns des autres, et actuellement on prête plus d'intérêt à la Chine qu'à un quelconque autre pays en voie de développement.
Il y a beaucoup de leçons potentielles à tirer du succès de la Chine, mais je me vais me concentrer sur trois en particulier.
La première leçon à tirer de la Chine, ce n'est pas sur ce qu'elle a fait, mais sur la façon dont elle a mené la réforme. Les gens caractérisent parfois la réforme de la Chine comme "progressive", mais je ne pense pas que ce soit exact, étant donné l'ampleur des changements effectués dans un laps de temps si réduit.
"Pragmatique", c'est une meilleure description. La Chine a vraiment suivi la notion de "traverser la rivière en touchant les pierres."
Dans de nombreux domaines de la réforme, de nouvelles idées ont d'abord été testées sur une base pilote, et les mesures qui ont fonctionné, ont été mises sur une plus grande échelle. Le système de responsabilité des ménages a commencé comme une expérience locale qui est finalement devenu la politique nationale. L'un des meilleurs exemples, c'est l'ouverture aux échanges et aux investissements étrangers dans les quatre zones en premier. De bons résultats ont abouti rapidement à une expansion de l'ouverture. Elle a commencé dans des villes côtières, passant ensuite à la rivière Zhujiang et au delta du Yangtsé, et se répandant enfin à l'ensemble du pays.
Un autre bon exemple de la réforme pragmatique est le secteur de l'électricité. Au début la Chine avait connu de graves pénuries d'énergie. Un décret du Conseil d'État en 1985 a permis d'introduire de nouvelles sources de financement, étrangers et nationaux, publics et privés, et le financement de cette "nouvelle énergie" à un tarif élevé a permis un bon retour de l'investissement. En même temps, le prix de "l'énergie ancienne" provenant des installations existantes a été maintenue à des tarifs bas.
Les économistes font valoir que ce type de double affichage des prix provoque des distorsions, mais dans le cas de la Chine, cela fût un compromis pragmatique qui a permis l'expansion de la production d'électricité sans remettre en cause toutes les entreprises dépendant d'un prix bas de l'énergie. Dans un temps relativement court, la "nouvelle énergie" s'est rapidement instaurée, tandis que les anciens centrales électriques ont progressivement pris leur retraite.
Aujourd'hui, la Chine a une excellente alimentation en énergie, à des prix qui sont assez bas, mais élevés par rapport à un certain nombre de pays en voie du développement qui continuent de subventionner l'approvisionnement énergétique, avec comme résultat, le fait que leurs systèmes ne se développent pas suffisamment rapidement.
Une deuxième bonne leçon à tirer de la Chine, c'est la façon dont le pays a adopté la mondialisation et démontré qu'il peut accélérer son développement.
Au début et au milieu des années 1980, la Chine a toujours été plus ouverte aux importations et l'investissement étranger direct que les autres pays en voie de développement en termes de revenus par habitant. Alors que les tarifs des importations de la Chine étaient encore en hausse aux alentours de 40 % vers 1990, ceux de l'Inde, du Pakistan, et de nombreux autres grands pays en voie de développement ont été entre 80 % et 100 %.
Alors que la Chine s'est libéralisée et a adhéré à l'OMC, cela a fait baisser ses tarifs en dessous de 10 % - alors que de nombreux autres pays en voie de développement maintenaient leurs taux à 20 % ou plus.
La Chine a également été plus ouverte aux investissements étrangers directs, devenant le plus grand bénéficiaire des investissements étrangers dans le monde. L'investissement direct a apporté de nouvelles technologies, la gestion, la formation, et la connexion à des réseaux mondiaux d'approvisionnement. C'est l'un des facteurs qui se tient derrière le record stable de la croissance de la productivité dans le secteur manufacturier en Chine.
La Chine a mis au point un modèle unique d'ouverture qui est intéressant d'étudier. Elle a souhaité la bienvenue aux importations et les investissements directs, mais a résisté au portefeuille de flux de capitaux, le soi-disant "argent facile" qui peut entrer et sortir du pays facilement. Beaucoup d'autres pays en voie de développement ont fait le contraire - ils ont emprunté l'argent sur les marchés internationaux de capitaux tout en limitant l'investissement direct des multinationales.
La voie chinoise est préférable pour le développement technologique. Et cela se voit particulièrement bien en ce moment, au cours la crise financière mondiale. Certains pays qui se sont ouverts aux flux de capitaux sont maintenant en difficulté, ayant des problèmes de rembourser leurs dettes. D'autre part, la Chine, se trouve en bonnes conditions fiscales et en bonne situation financière. Les entreprises internationales qui ont fait des investissements directs en Chine ne sont pas en train de retirer leur argent pendant la crise.
La troisième leçon à tirer de la Chine est étroitement liée à la deuxième. Être ouvert aux importations et aux investissements directs n'a pas beaucoup d'effet sur l'économie à moins qu'il y ait un bon climat d'investissement. Il est étonnant de voir que de nombreuses villes chinoises, en particulier sur la côte, mais aussi depuis récemment dans l'intérieur des terres, possèdent un très bon climat d'investissement en termes d'infrastructures, de la logistique, et de la réglementation.
Il y est relativement facile de mettre en place des entreprises, transporter des marchandises par les ports et les douanes, avoir accès à l'énergie et aux télécommunications. Lorsque l'on compare la fiabilité de l'alimentation, le nombre de jours que prendra le passage des marchandises par la douane, les délais du transport et les coûts, les villes côtières chinoises sont comparables avec d'autres villes dans les pays en voie de développement.
Comment ce bon climat d'investissement s'est-il développé? En partie, c'est une réponse naturelle des stimulations liées à la connexion du marché mondial. Mais je pense aussi que la concurrence entre les villes a été une bonne chose en Chine. La Chine a un système fiscal très décentralisé. Cela a des inconvénients dans la mesure où cela ajoute de l'inégalité à son développement. Mais cela a aussi des avantages dans la mesure où l'administration locale est fortement incitée à créer un bon climat d'investissement. Les villes qui réussissent, attirent des investissements, la main d'œuvre et connaissent une croissance extrêmement rapide. Alors, d'autres villes prennent exemple sur ces villes.
Aucun autre pays en voie de développement, ne peut en copiant simplement ce que la Chine a fait obtenir les mêmes résultats. Mais d'autres pays peuvent tirer une leçon de l'expérience de la Chine. Le plus utile, c'est l'approche "pragmatique" de la réforme. Essayez des mesures politiques, qui sont possibles à petite échelle, et ensuite mettez en application celles qui fonctionnent à l'échelle nationale.
Tirez parti de la mondialisation. La libéralisation du commerce crée un marché concurrentiel qui est favorable à l'innovation et permet aux entreprises performantes à exporter et se développer à une échelle qui ne soit pas possible dans un petit marché fermé. Utilisez les capitaux étrangers, mais plus pour la technologie, la gestion, et les réseaux que pour l'argent. Faites attention aux flux de l'argent "facile " qui ont été si déstabilisants dans le monde en voie de développement.
Et créez des moyens de motiver vos villes pour entrer dans la concurrence afin de fournir le meilleur service en termes d'infrastructure, la logistique et l'environnement réglementaire. Ce sont des leçons qu'il serait sage d'adapter pour tout pays, qu'il soit développé ou en voie de développement.
L'auteur: David Dollar, directeur de la Banque mondiale pour la Chine et la Mongolie
Source: le Quotidien du Peuple en ligne