Intervention de Monsieur Hervé Ladsous, Ambassadeur de France en Chine, devant l'Institut de diplomatie Pékin, le 11 juin 2008.
Les relations sino-françaises traversent une phase complexe, a dit à Pékin le 11 juin l'ambassadeur de France en Chine M. Ladsous. Cependant l'amitié entre les deux pays étant profonde, il est optimiste quant au développement des relations entre les deux pays.
La France assurera la présidence tournante de l'Union européenne à partir du 1er juillet pour six mois. Sur l'invitation de M. Zhao Jinjun, ancien ambassadeur de Chine en France et directeur de l'Institut de diplomatie, M. Ladsous est intervenu sur le thème des relations sino-européennes et sino-françaises devant cet Institut de diplomatie.
Les dirigeants chinois successifs ont toujours accordé de l'importance aux relations diplomatiques établies il y a 44 ans par le Premier Ministre Zhou Enlai et le Général de Gaule, a dit M. Ladsous.
« En dehors des domaines politiques, économiques et commerciaux que tout le monde connaît, nos deux pays ont innové en organisant par exemple les années croisées ou le programme des 800 jeunes ». M. Ladsous a rappelé que cette amitié profonde s'est aussi exprimée dans les manifestations de condoléances et d'assistance organisées tant au niveau du gouvernement et du monde des entreprises, qu'à celui de la population, quand la nouvelle du tremblement de terre de Wenchuan s'est répandue. « Nous nous tenons aux côtés du peuple chinois meurtri ».
En réponse à la question d'un étudiant de l'Institut concernant son appréciation sur la gestion de la crise par le gouvernement chinois, M. Ladsous a témoigné qu'elle était un exemple pour les autres pays, « tant dans la rapidité de réaction du gouvernement que dans le degré de mobilisation du pays entier à tous les niveaux, ainsi que pour la transparence des informations. Tout cela était impressionnant ».
Ayant été trois fois en poste à l'ambassade de France en Chine, M. Ladsous a sa propre vision des relations sino-européennes. Selon lui, la coopération entre la Chine et l'Union européenne n'a pas déployé toutes ses potentialités, et il faudrait que les deux parties réfléchissent dans ces trois directions : comment continuer à promouvoir un mécanisme multilatéral efficace pour renforcer le rôle des organisations comme les Nations Unies ; comment établir un modèle non-unique de globalisation respectant les particularités culturelles pour protéger l'équilibre mondial ; comment renforcer les coopération pour faire face aux défis communs que sont le changement climatique, la pauvreté ou les crises régionales.
Enfin, M. Ladsous a profité de cette occasion pour souhaiter le plein succès des jeux olympiques de Pékin. « J'espère juste que les sportifs chinois ne remporteront pas toutes les médailles pour en laisser quelques unes en or aux équipes françaises », a-t-il dit en souriant.
Relations France-Chine
La France et la Chine traversent une période compliquée :
A l'origine, le passage de la flamme olympique à Paris a été marqué par des événements regrettables. Je note au passage que les médias n'ont montré que les images négatives, occultant les milliers de Parisiens se réjouissant du passage de la flamme dans leur ville. Ces incidents ont donné lieu à certains propos et certaines décisions de la part de personnalités politiques françaises, qui ont pu être perçu autrement que ce qui était souhaité. Ensuite, des manifestations de mauvaise humeur se sont succédées de part et d'autre ...
Mais il ne faut pas s'arrêter là : la relation franco- chinoise vit sur un socle de vieille, profonde et solide amitié. Elle est fondée sur un capital de confiance sur lequel les dirigeants des deux côtés se sont toujours appuyés. Ils ont, des deux côtés, marqué l'importance primordiale qu'ils accordaient aux relations entre les deux pays.
Ensemble, nous avons innové : le partenariat stratégique puis le dialogue stratégique, les années culturelles croisées, les échanges de jeunes. Autant de nouveaux outils que nous avons forgés ensemble.
La réaction de l'opinion publique française lors du tremblement de terre au Sichuan, le 13 mai dernier, a été très forte : les Français ont partagé la souffrance et le chagrin des Chinois. Ceci s'est traduit par des marques de solidarité concrètes.
Les fondamentaux sont là et se déclinent en de multiples aspects : dialogue politique, économique, scientifique, culturel.
Nous mettons à profit toutes les occasions pour nous parler et mieux nous comprendre. Le Ministre des affaires étrangères, M. YANG Jiechi, est à Paris et aura des entretiens avec son homologue M. Kouchner ainsi qu'avec le Président de la République, M. Sarkozy.
L'ambassade de France en Chine et l'ambassade de Chine en France travaillent ensemble pour améliorer cette relation.
Pour ma part, je reste confiant et optimiste dans l'avenir de nos relations.
Relations Union Européenne-Chine
La France assurera bientôt la présidence de l'Union européenne (UE). Elle espère beaucoup, tout comme la Chine, en dégager les meilleurs résultats possibles.
De nombreux évènements vont avoir lieu pendant cette courte période de seulement six mois :
Tout d'abord la tenue du G8 au Japon début juillet. La France milite pour que la Chine y fasse son entrée, avec d'autres grands pays. Le G8 deviendrait alors un G13. Ensuite les Jeux olympiques en août : le monde entier, et l'Union Européenne en particulier, auront les yeux rivés sur la Chine pendant les JO. Le sommet de l'ASEM se tiendra ensuite en octobre à Pékin, et enfin le sommet UE / Chine aura lieu à Lyon début décembre.
S'il fallait tirer un bilan de la relation entre l'Union européenne et la Chine, je dirais que l'impression générale est bonne, mais nous n'avons pas encore su en développer pleinement tout le potentiel, car les deux parties manquent d'une réelle vision politique de ce que devrait être cette relation.
L'UE accorde sans doute une trop grande importance aux sujets visibles et techniques tels que le déficit commercial ou la protection de la propriété intellectuelle. Ces sujets complexes entraînent une perte de vision politique d'ensemble.
La Chine, de son côté, perçoit mal l'Europe, « animal politique à 27 têtes ». L'histoire de l'UE est une histoire de crises qui ont été surmontées et ont permis de progresser. L'UE n'est pas seulement un grand marché, ou une monnaie unique ; c'est avant tout un projet politique. La mise en œuvre du Traité de Lisbonne renforcera cet aspect politique, notamment avec la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense).
Trois éléments rapprochent la Chine et l'UE, trois éléments de réflexion concernant notre avenir commun :
La multipolarité et le multilatéralisme : L'unilatéralisme est un danger, mais la multipolarité n'est pas un gage de stabilité. Les pôles doivent s'engager dans un multilatéralisme efficace, essentiellement centré autour des Nations Unies.
La globalisation et la mondialisation : la globalisation est une notion anglo-saxonne, définie comme un modèle par rapport auquel les autres pays devraient se situer. La mondialisation sous-entend une prise en compte et un respect des identités culturelles dont les Chinois et les Européens sont conscients et fiers. La mondialisation reconnaît les originalités, les spécificités ; elle les valorise et les met au service de l'ensemble de la planète.
Et enfin la volonté de travailler ensemble pour faire face aux principaux défis mondiaux dont font partie la lutte contre la pauvreté, le changement climatique ou les crises régionales.
Ces dernières années, la Chine comme l'UE ont eu tendance à accorder une trop grande priorité à leur relation avec les Etats-Unis. Or, la relation triangulaire Etats-Unis-UE-Chine ne peut être forte que si chacun des versants est fort.
Il existe des sujets difficiles entre l'UE et la Chine : la levée de l'embargo sur les armes, les droits de l'homme, l'octroi du statut d'économie de marché ... Il nous faut trouver les moyens d'en parler avec franchise et d'avancer ensemble.
Source: le Quotidien du Peuple en ligne