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Français>>EconomieMise à jour 11.10.2011 11h02
Les problèmes font partie du tableau

En dépit du blocage politique et des maux économiques des Etats-Unis, la Chine ne les remplacera pas pour autant en tant que principale puissance mondiale.

Les Etats-Unis traversent des temps difficiles. Leur reprise post-2008 a été lente, et certains observateurs craignent que les problèmes financiers de l'Europe ne plongent les Etats-Unis et le monde dans une deuxième récession.

La politique américaine, qui plus est, reste bloquée à cause de problèmes budgétaires, et trouver un compromis sera encore plus difficile à la veille de l'élection de 2012, au moment où les Républicains espèrent que les problèmes économiques leur permettront de déloger le Président Obama. Dans les circonstances actuelles, nombreux sont ceux qui prédisent un déclin des Etats-Unis, et en particulier face à la Chine.

Et il n'y a pas que les experts qui pensent comme ça. Un récent sondage Pew a ainsi découvert que dans 15 pays sur les 22 ayant fait l'objet de l'enquête, la plupart des gens pensent que la Chine soit remplacera, soit a déjà remplacé les Etats-Unis comme « première superpuissance mondiale ». Au Royaume-Uni, ceux qui mettent la Chine en haut du podium sont 47%, contre 39% en 2009. Des tendances similaires se manifestent aussi clairement en Allemagne, en Espagne, et en France. De fait, le sondage a découvert plus d'opinions pessimistes sur les Etats-Unis chez leurs alliés les plus anciens et les plus proches qu'en Amérique Latine, au Japon, en Turquie et en Europe de l'Est. Même les citoyens américains sont divisés en deux camps égaux au sujet de savoir si la Chine remplacera ou non les Etats-Unis en tant que superpuissance.

Ces sentiments sont le reflet de la faible croissance et des problèmes fiscaux qui ont suivi la crise financière de 2008, mais ce n'est pas une première dans l'Histoire. S'agissant d'estimer leur puissance de manière incorrecte, les citoyens américains ont une longue histoire.

Dans les années 1950-1960, après le lancement de Spoutnik, nombreux étaient ceux qui pensaient que les Soviétiques allaient peut-être prendre le dessus sur les Etats-Unis. Dans les années 1980, on a dit la même chose avec les Japonais, et maintenant ce sont les Chinois. Mais avec une dette américaine sur la voie d'arriver au même niveau que son revenu national en l'espace d'une décennie, et avec un système politique brouillon qui ne semble pas en mesure de faire face aux défis fondamentaux que rencontre le pays, les « déclinistes » n'auraient-ils finalement pas raison ?

Tout cela dépendra beaucoup des incertitudes, souvent sous-estimées, contenues dans les changements futurs en Chine. La croissance économique rapprochera bien sûr la Chine des Etats-Unis en termes de ressources de puissance, mais cela ne veut pas nécessairement dire que la Chine dépassera les Etats-Unis en tant que pays le plus puissant.

Le PIB de la Chine va sans doute dépasser celui des Etats-Unis dans les dix ans qui viennent, du fait de la taille de sa population et de son taux de croissance économique impressionnant. Mais, évalué en termes de revenu par tête, la Chine n'arrivera pas au niveau des Etats-Unis avant plusieurs décennies, à supposer qu'elle le puisse même alors. Et de nombreuses projections actuelles ne se fondent que sur la croissance du PIB. Elles font l'impasse sur les avantages des Etats-Unis en termes de soft power et de puissance militaire, de même qu'elles le font sur les désavantages géopolitiques de la Chine.

Si l'on parle de déclin absolu, les Etats-Unis ont en effet de réels problèmes, mais cela n'empêche pas l'économie américaine d'être encore hautement productive. Les Etats-Unis restent premiers en termes de dépenses dans le domaine de la recherche et du développement, premiers pour les classements universitaires, premiers en nombre de Prix Nobel, et premiers en termes d'indice d'entreprenariat. D'après le Forum Economique Mondial, qui a publié son rapport annuel sur la compétitivité économique le mois dernier, les Etats-Unis demeurent la cinquième économie la plus compétitive du monde (après celle de petits pays comme la Suisse, la Suède, la Finlande et Singapour). La Chine ne figure qu'au 26e rang.

Qui plus est, les Etats-Unis restent à l'avant-garde s'agissant de technologies de pointe comme la biotechnologie et la nanotechnologie. Difficile de voir là une image de déclin économique absolu.

Certains observateurs s'inquiètent que les Etats-Unis puissent devenir une société sclérosée, comme le devint la Grande-Bretagne alors qu'elle était au faîte de sa puissance il y a un siècle. Mais la culture américaine est bien plus entrepreneuriale et décentralisée que la Grande-Bretagne ne l'était, quand les fils d'industriels cherchaient à obtenir des titres et honneurs aristocratiques à Londres. Et en dépit de flambées d'inquiétude récurrentes tout au long de son histoire, les Etats-Unis ont toujours tiré d'énormes bénéfices de l'immigration. En 2005, ainsi, les immigrants nés à l'étranger comptaient pour 25% des starts-ups de technologie lors de la décennie précédente. Ainsi que l'ancien dirigeant singapourien Lee Kuan Yew me l'a dit un jour, la Chine peut puiser dans un réservoir de talents d'1,3 milliard de personnes, alors que les Etats-Unis peuvent eux puiser dans le réservoir mondial de 7 milliards de personnes, et peuvent ensuite les recombiner dans une culture diversifiée.

De nombreux commentateurs s'inquiètent au sujet de l'inefficacité du système politique américain. Et c'est vrai, les pères fondateurs des Etats-Unis ont créé un système de contrôles et d'équilibres conçu pour protéger la liberté au prix de l'efficacité. Qui plus est, les Etats-Unis connaissent à présent une période de polarisation partisane intense. Mais ce genre de politique désagréable n'a rien de nouveau aux Etats-Unis : la période de leur fondation a été loin d'être un moment idyllique de délibérations sans passion. Le Gouvernement et la politique américains ont toujours connu ce genre d'épisodes, et bien que les mélodrames actuels les fassent oublier un peu, ils ont parfois été pires que ce que l'on voit aujourd'hui.

A l'évidence, les Etats-Unis font face à de graves problèmes : dette publique, éducation secondaire faible et blocage politique, pour n'en citer que quelques-uns. Mais chacun doit se souvenir que ces problèmes ne sont qu'une partie du tableau, et que, en principe, ils peuvent être résolus sur le long terme.

Il est important de faire le distinguo entre les problèmes qui peuvent être résolus et ceux qui ne peuvent pas l'être. Bien entendu, il est difficile de savoir si les Etats-Unis pourront ou non mettre en oeuvre les solutions disponibles. Plusieurs commissions ont proposé des plans envisageables pour modifier la trajectoire de la dette américaine en augmentant les impôts et en réduisant les dépenses, mais leur faisabilité n'est en aucune manière une garantie qu'ils seront adoptés. Pour autant, Lee Kuan Yew a probablement raison quand il dit que la Chine « va rivaliser avec les Etats-Unis », mais qu'elle ne les dépassera pas en termes de puissance globale lors de la première moitié de ce siècle.

S'il en est ainsi, les sinistres prédictions du déclin absolu des Etats-Unis se révèleront aussi erronées que les prédictions similaires des dernières décennies. Et, en termes relatifs, si l'« émergence du reste » veut dire que les Etats-Unis seront moins dominateurs qu'ils ne le furent, cela ne veut pas dire poir autant que la Chine va inévitablement remplacer les Etats-Unis comme première puissance mondiale.

L'auteur, ancien secrétaire assistant américain à la défense, est professeur à Harvard et auteur du livre « L'avenir de la puissance » (Projet Syndicate)

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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