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Français>>EconomieMise à jour 11.05.2011 13h54
La Chine va t-elle dépasser les Etats-Unis en 2016 ?

La publication le mois dernier des dernières Perspectives Economiques Mondiales en date par le Fonds Monétaire International (FMI) a attiré beaucoup d'attention, pour une raison inattendue. Selon ce rapport semestriel, en effet, le PIB de la Chine devrait dépasser celui des Etats-Unis d'ici 2016.

Cela étant, on a nettement moins fait attention à la façon dont cette comparaison a été faite.

Quand on compare la valeur de la production de différents pays, les statistiques de chaque pays, évaluées en monnaie locale, doivent être converties en une monnaie commune. Cependant, le choix d'un instrument de mesure pour la conversion dépend de ce que l'on veut comparer.

Dans ses Perspectives Economiques Mondiales, le FMI utilise le PIB pondéré par la Parité de Pouvoir d'Achat (PPA). C'est un étalon qui essaie de mesurer le volume total de biens et de services produits dans un pays avec celui d'un autre. Pour ce faire, les monnaies sont converties en utilisant le taux de change PPA, qui est un prix relatif qui garantit le même pouvoir d'achat pour un panier de biens et services largement similaire entre tous les pays.

Mais pourquoi la conversion basée sur le taux de change de marché n'assure t-elle pas le même pouvoir d'achat ? Il y a de nombreuses raisons possibles à cela, dont des niveaux de développement différents, la qualité des produits qui n'est pas pleinement reflétée dans les prix, et les préférences des ménages. Par exemple, le prix d'un bien échangé qui peut passer librement les frontières, comme un ordinateur (après ajustements pour le transport et les taxes), devrait être à peu près similaire entre tous les pays.

Cependant, le prix d'un produit non échangé, comme une coupe de cheveux ou un repas au restaurant peut être différent. Des préférences différentes donnent une valeur relative différente aux produits de manière spécifique à chaque pays.

Qui plus est, durant la période de développement, la productivité du secteur des biens non échangés est ordinairement plus basse que celle du secteur des biens échangés. Et puisque les prix du secteur des biens échangés devraient être à peu près similaires entre un pays développé et un pays en développement, le prix moyen des prix et services dans les pays en développement est généralement plus bas que dans les économies développées.

En quoi un PIB pondéré par la PPA est-il différent d'une comparaison de PIB basée sur un taux de change du marché entre les pays ? Nous pourrions nous attendre à voir des pays avec une différence plus grande entre les prix des produits non échangés et ceux des produits échangés, et les pays qui ont un secteur de produits non échangés plus étendu sont plus favorisés dans une comparaison fondée sur la PPA. Qui plus est, puisque la PPA mesure le volume réel de biens et de services fournis, elle est en général considérée comme un meilleur instrument de mesure de la protection sociale.

Regardons maintenant la Chine et les Etats-Unis. L'année dernière, le PIB de la Chine, en se fondant sur le taux de change du marché, représentait 40% de celui des Etats-Unis, et d'après les dernières perspectives économiques mondiales, il devrait atteindre un niveau de 60% d'ici 2016. Cela parce que la croissance du PIB de la Chine devrait être trois fois plus rapide que celle des Etats-Unis. Cette perspective est tout sauf une surprise. Elle est tout simplement le reflet du dynamisme que l'on constate en Chine et dans plusieurs autres économies émergentes.

En termes de PIB pondéré par la PPA, le rattrapage attendu est encore plus évident. On estime que la Chine a déjà atteint 70% du PIB américain, et qu'elle devrait le dépasser d'ici 2016. Etant donné que le PIB pondéré par la PPA possède une base plus large, la même différence de taux de croissance citée plus haut propulsera le PIB de la Chine devant celui des Etats-Unis à l'horizon 2016.

En revanche, l'augmentation du PIB par tête aux Etats-Unis sera toujours supérieure tant en termes de taux de marché que de taux de PPA, puisque la population américaine représente moins d'un quart de celle de la Chine, et qu'au point de départ, le PIB par tête des Etats-Unis est plus de six fois supérieur. Ce qui fait que même avec un taux de croissance plus faible aux Etats-Unis, le niveau de revenus des citoyens américains connaîtra toujours une augmentation plus rapide.

Y a t-il le moindre avantage à utiliser le taux de change du marché au lieu de la comparaison des PIB ? Sans doute, si l'objectif est de mesurer la taille réelle des PIB des pays telle qu'elle est estimée ou évaluée par le marché, sans tenir compte des distorsions de prix dues à des raisons administratives ou de politiques, alors le taux de change du marché est une mesure plus précise. Par exemple, si les gens sont disposés à payer et à fournir une coupe de cheveux pour 10 Dollars US, alors c'est la valeur réelle de ce service dans ce pays, quand bien même les habitants d'un autre pays seraient eux prêts à débourser 20 Dollars US pour la même chose.

Plus généralement, le taux de change du marché est une mesure plus adéquate là où des flux financiers entre pays sont impliqués, comme pour la comparaison des balances de comptes courants.

Les deux systèmes d'évaluation ont leurs partisans et leurs adversaires. Les taux de change du marché ont tendance à être nettement plus volatiles que les taux de change PPA. Par exemple, un pays dont le taux de change de marché se déprécie de 30-40% suite à une crise de sa balance des paiements verra la taille relative de ses revenus diminuer du même montant. Il est évident que cela n'est pas correct, car nous avons vu que la crise n'a pas vraiment conduit à une chute d'une telle ampleur du PIB d'un pays en l'espace d'un an. L'inconvénient majeur de la PPA, en revanche, consiste en la difficulté d'établir le taux de change PPA. C'est un énorme travail de statistiques, et les nouvelles comparaisons de prix ne sont disponibles qu'à des intervalles irréguliers.

Quoi qu'il en soit, sans tenir compte des partisans et des adversaires des deux types d'évaluation, et peu important que le PIB de la Chine dépasse ou non celui des Etats-Unis en 2016, il n'en reste pas moins que les performances économiques de la Chine lors de la décennie écoulée ont été remarquables, et il est probable que cela restera le cas dans un avenir proche.

Les dernières prévisions des perspectives économiques mondiales sont également en accord avec la reprise à deux vitesses de l'économie mondiale, qui est en train de faire basculer le centre de gravité économique vers les économies émergentes. Bien sûr, cela ne se fera pas d'un jour à l'autre, mais il n'en reste pas moins qu'il est important de reconnaître ces changements en cours.

Ces développements sont déjà en train de se voir dans des processus multilatéraux comme le FMI, où la voix de la Chine est déjà plus présente.

L'auteur est le haut représentant résident du FMI en Chine.





Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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