Pour Lin Feng, fabricant d'articles de Noël, le Père Noël est passé, cette année, au mois de septembre. Au cours du troisième trimestre, Lin a envoyé ses articles de Noël en Europe et aux Etats-Unis et ne s'occupe plus désormais que de la négociation et de la confirmation des commandes pour l'année 2009.
La compagnie de Lin Feng se situe dans le district Chenghai de Shantou, dans la province du Guangdong, connue pour être une importante base chinoise en termes d'exportation d'articles de Noël. Selon Lin Feng, l'exportation de peluches ne représente, cette année, que trois quarts du volume maximum de l'exportation des jouets du genre des années précédentes. Cela ne le surprend guère dans la mesure où il avait déjà constaté une nette réduction des commandes chez ses clients européens et américains au cours du premier semestre 2008.
Depuis l'effondrement du plus grand fabricant chinois de jouets - le fameux Smart Union Group Holdings Ltd situé à Dongguan - qui dépendait trop du marché américain, l'avenir de l'industrie chinoise des jouets a été jugé incertain par un grand nombre de personnes. Dans ce contexte de crise financière, où le RMB ne cesse de s'apprécier, la Chine demeura-t-elle l'atelier de fabrication du père Noël ?
Lors des négociations relatives aux commandes de l'année 2009, Lin Feng a trouvé que ses clients étrangers étaient encore plus « chiches » que d'habitude. « Actuellement, ils s'intéressent surtout aux produits bon marché et bas de gamme et discutent beaucoup les prix », estime Lin Feng. Les fournisseurs des boutiques « un dollar » aux Etats-Unis sont les premiers à marchander les prix. « Ces produits se ventent un dollar aux Etats Unis, nous les leur vendons au prix d'usine de 2,5 RMB mais les fournisseurs exigent encore davantage de réduction».
La tendance actuelle des occidentaux se porte sur les produits bon marché. Selon Dai Feifei, qui habite le Minnesota aux Etats-Unis, dès le début de la saison des achats de Noël, les activités de promotion sont très fréquentes aux Etats-Unis. Plusieurs magasins ouvrent leurs portes au public dès 5 ou 6 heures du matin, et, nombreux sont les clients qui commencent à faire la queue dès minuit afin d'être les premiers à acquérir des marchandises au rabais. Actuellement, les Américains cherchent, à tous prix, à faire des économies. Ils préfèrent, par exemple, envoyer des cartes de vœux électroniques plutôt que des cartes traditionnelles de Noël.
Selon Lin Feng, ce sont les plus grandes sociétés du secteur qui sont les plus touchées par la crise, dans la mesure où elles disposent d'une équipe de conception, de production et de commercialisation. Il est donc difficile pour elles de se réorienter. La société de Lin Feng est une PME. Lin en est à la fois le directeur et le concepteur. Il n'emploie qu'une dizaine de personnes y compris les administratifs, les gestionnaires et les commerciaux. « L'investissement de mon usine n'est pas lourd et nous travaillons sur commande. En cas de commande importante, nous nous occupons de la conception et sous-traitons la production aux autres usines locales ; en cas de commande faible, nous sous-traitons une partie ou bien nous procédons nous-mêmes à la fabrication », explique Lin.
Conscient de la réduction des demandes étrangères, Lin Feng envisage d'exploiter davantage le marché intérieur et de modifier quelque peu le style des peluches afin de les commercialiser sur le marché chinois.
C'est ce que font déjà un grand nombre d'entreprises chinoises alors que les exportateurs du district de Chenghai connaissent un certain retard en la matière. Auparavant, ces derniers n'acceptaient pas les commandes chinoises, estimant que ce serait la qualité et non le prix qui les rendraient invincibles. Lors des foires et expositions, ils cachaient généralement leurs produits par des rideaux afin d'éviter toute imitation par leurs confrères chinois. Seuls les commerçants étrangers étaient autorisés à regarder leurs échantillons.
Ce que Lin Feng craint le plus n'est pas l'imitation mais le retard du paiement. Il est prêt à travailler avec des partenaires chinois à condition que ces derniers acceptent de payer en espèces ou de verser des arrhes. Lin Feng noue des liens commerciaux avec les commerçants européens et américains depuis plusieurs années. Il n'a jamais été victime de créances douteuses. Toutefois, il ne se sent pas encore prêt à travailler avec des clients chinois. « Quand on travaille dans l'exportation, il est important de fidéliser quelques clients étrangers afin de stabiliser les relations commerciales tandis que, sur le marché intérieur, il nous faudrait créer un réseau de commercialisation, qui nécessite des ressources humaines importantes et des financements en argent et en énergie, trois fois plus importants que ce que nécessite l'exportation ».
A l'heure actuelle, ce qui préoccupe le plus Lin Feng est la réduction continue des demandes européennes et américaines. Si la situation s'éternisait, la société ne pourrait survivre que deux ans. Toutefois, vu la situation actuelle, même si les pays occidentaux se lancent dans la recherche de nouveaux fournisseurs, ils ne peuvent pas arrêter d'un coup de baguette magique l'importation des « made in China ». La presse française révèle que, pendant les 9 premiers mois de l'année 2008, les jouets chinois représentaient 60% des jouets importés en France. Le volume des importations dépassait de 6,4% l'Allemagne, deuxième fournisseur de la France en jouets. Rien d'étonnant que les occidentaux soupirent d'émotion et constate que « le père Noël est, cette année encore, chinois ! »
Source: China.org.cn