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RDC/Ebola: l'épidémie s'étend au Sud-Kivu avec la hausse des cas suspects

Xinhua 22.05.2026 08h58

La dernière épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) s'est propagée à la province du Sud-Kivu (est), suscitant de nouvelles inquiétudes quant à une transmission plus large dans l'est instable du pays, où les autorités sanitaires font état de plus de 600 cas suspects et de près de 160 décès probables.

Le groupe rebelle du Mouvement du 23 mars (M23) a annoncé jeudi la confirmation d'un nouveau cas d'Ebola à Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu (est), faisant de cette province la dernière zone touchée par l'épidémie, déclarée le 15 mai et constituant la 17e flambée d'Ebola dans le pays depuis l'identification du virus en 1976.

Selon le groupe, qui contrôle la ville depuis février 2025, le patient, un homme de 28 ans venu de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, est décédé avant la confirmation du diagnostic. Son enterrement a été effectué conformément aux protocoles sanitaires en vigueur, a indiqué le M23.

Aucun cas n'a jusqu'à présent été officiellement signalé dans la province de la Tshopo. Mais Kisangani, l'un des plus importants carrefours de transport du pays, est devenu un nouveau sujet d'inquiétude, alors que les autorités sanitaires et les organisations humanitaires tentent d'évaluer jusqu'où le virus a pu circuler avant sa détection.

BILAN EN HAUSSE

L'épidémie, initialement signalée dans la province de l'Ituri, touche désormais le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, tandis que deux cas confirmés ont également été rapportés en Ouganda voisin.

Selon les chiffres communiqués jeudi par le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, 626 cas suspects et 159 décès probables ont été enregistrés depuis la déclaration de l'épidémie.

Dans les zones sous son contrôle, le M23 a indiqué que plus de 200 échantillons prélevés sur des cas suspects avaient été envoyés à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, pour des analyses de laboratoire. A Goma, un cas confirmé reste placé sous surveillance médicale stricte, tandis que les contacts identifiés ont été isolés, selon le groupe.

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré mercredi que le nombre de cas devrait continuer d'augmenter, compte tenu de la durée pendant laquelle le virus semble avoir circulé avant la détection de l'épidémie. "Nous savons que l'ampleur de l'épidémie est beaucoup plus importante", a-t-il averti.

DETECTION TARDIVE ET SOUCHE RARE

Des responsables de l'OMS ont indiqué que les enquêtes se poursuivaient afin de déterminer précisément quand et où l'épidémie avait commencé. Mais, selon eux, son ampleur laisse penser que le virus aurait pu circuler pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant d'être confirmé.

"Compte tenu de l'ampleur, nous pensons que cela a probablement commencé il y a quelques mois", a déclaré mercredi Anaïs Legand, experte technique de l'OMS pour les fièvres hémorragiques virales, ajoutant que la priorité immédiate était d'interrompre la transmission par la recherche des contacts, l'isolement et la prise en charge des cas suspects et confirmés.

Abdirahman Mahmoud, directeur des opérations d'alerte et de réponse de l'OMS, a indiqué que les premières informations faisaient état d'un cas index suspect à la fin du mois d'avril, suivi d'un possible événement de super-propagation lié aux pratiques funéraires et à une transmission communautaire.

M. Tedros a souligné qu'une complication majeure tenait au fait que les tests rapides de terrain couramment utilisés lors des précédentes ripostes à Ebola étaient optimisés pour la souche Zaïre, alors que l'épidémie actuelle implique la souche Bundibugyo, une souche plus rare détectée pour la première fois en 2007 en Ouganda, avec un taux de létalité plus faible, estimé entre 30 % et 50 %.

Il s'agit de la troisième épidémie d'Ebola causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle il n'existe actuellement ni vaccin approuvé ni traitement spécifique, et de la deuxième en RDC. Les vaccins existants contre Ebola sont principalement conçus contre la souche Zaïre, responsable de plusieurs flambées précédentes dans le pays.

Des responsables de la recherche à l'OMS ont indiqué que plusieurs vaccins candidats étaient à l'étude. Ils ont toutefois averti que des doses ne pourraient être disponibles, au plus tôt, que dans plusieurs mois.

Mme Legand a déclaré que, tout en poursuivant les préparatifs en vue d'éventuels essais, la priorité était de mettre en place des centres de traitement sûrs et optimisés, d'établir des circuits d'orientation des patients et de veiller à ce que chaque cas suspect soit détecté et pris en charge rapidement.

RESISTANCE COMMUNAUTAIRE

La résistance communautaire constitue un autre obstacle à la riposte.

Le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, a déclaré mardi que l'alerte avait tardé au sein des communautés touchées parce que certains habitants pensaient qu'il s'agissait d'une maladie "mystique", une perception erronée qui a contribué à la propagation de la maladie.

Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l'Institut national de recherche biomédicale, avait également averti, dans une interview accordée à Xinhua le 17 mai, que la méfiance à l'égard des personnes venues de l'extérieur pouvait fragiliser la riposte contre Ebola. Selon lui, des communautés touchées par des épidémies précédentes s'étaient plaintes du fait que les équipes de riposte étaient composées d'"étrangers" ou de personnes venues de la capitale Kinshasa, poussant les autorités à ajuster leur stratégie en impliquant davantage de personnel local.

"Quand les gens voient que les instructions et les mesures sont annoncées par des personnes de leur propre milieu, ils y croient. Si c'est quelqu'un de Kinshasa, ils doutent", a déclaré M. Muyembe, soulignant que la première tâche consistait à instaurer la confiance entre les agents de santé et la population.

Cette préoccupation était visible jeudi à Rwampara, épicentre de l'épidémie dans l'Ituri, où des journalistes de Xinhua ont constaté qu'un site d'isolement Ebola avait été incendié après des heurts sur place.

Selon des témoins, des proches de plusieurs personnes décédées pendant leur isolement ont exprimé leur colère face à la gestion de la riposte, en réclamant la restitution des corps. La situation a dégénéré en affrontements, et une tente d'isolement comptant une dizaine de lits a été brûlée avant l'intervention des militaires et de la police. Les agents de santé présents sur le site ont refusé d'être interviewés, affirmant être en colère après l'incident.

La dimension régionale de l'épidémie s'est également accentuée après la notification par l'Ouganda de deux cas confirmés à Kampala. Des responsables de l'OMS ont indiqué qu'aucune restriction générale de voyage n'était recommandée, tout en soulignant que les cas confirmés et leurs contacts ne devraient pas voyager.

L'OMS a indiqué mercredi que le risque lié à cette épidémie était jugé élevé aux niveaux national et régional, mais faible au niveau mondial.

(Web editor: 实习生2, Yishuang Liu)