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Français>>AfriqueMise à jour 12.09.2011 13h01
Cameroun : la BM juge l'activité économique plus soutenue que prévu au premier semestre 2011 (INTERVIEW)

Déjà vigoureux en 2010, les principaux moteurs de croissance, à savoir l'agriculture vivrière, le secteur de la construction et les services, ont maintenu le rythme au premier semestre 2011, ce qui traduit une activité économique plus soutenue que prévu au Cameroun, selon Raju Jan Singh, économiste en chef de la Banque mondiale dans le pays.

Sur d'éventuels chocs résultant de la tension observée de l'économie mondiale, notamment aux Etats-Unis et en Europe, Singh a jugé dans un entretien à Xinhua les risques minimes, du fait pour le marché financier camerounais d'être non connecté au système occidental, et de la diversification des exportations camerounaises, malgré une baisse annoncée des échanges avec l'Europe.

Question : Quelle évaluation faites-vous de l'économie camerounaise au cours de ce deuxième semestre qui a commencé ?

Réponse : Nous voyons que les moteurs de croissance qui avaient été observés en 2010 sont probablement en train de continuer au premier semestre de cette année. A savoir, en 2010 les moteurs de la croissance étaient essentiellement l'agriculture vivrière, le secteur de la construction et le domaine des services, notamment la télécommunication. Nous voyons que c'est les mêmes moteurs qui continuent en 2011. Lorsqu'on regarde les performances de la mobilisation des recettes non pétrolières au premier semestre, cela cadre assez bien avec ce diagnostic.

Les recettes non pétrolières semblent être plus vigoureuses qu'anticipé, ce qui pourrait suggérer qu'effectivement l'activité économique au Cameroun au premier semestre a été plus soutenue qu'attendu. Les derniers chiffres de l'inflation pourraient également confirmer cela. L'inflation est en accélération au premier semestre et notamment le domaine de l'équipement des maisons. Ce qui cadre assez bien avec un secteur en construction dont l'activité est assez soutenue.

Q : Il y a le contexte international avec la tension observée de l'économie mondiale. Quels risques pour l'économie camerounaise ?

R : Les équipes de la Banque, du Fonds (monétaire international) et nos partenaires camerounais, nous suivons très attentivement ce qui se passe tant aux Etats-Unis qu'en Europe. La situation est encore très fluide, donc il est trop tôt pour mesurer l'ampleur soit des mesures d'austérité ou de la crise aux Etats-Unis et en Europe, et les répercussions sur l'économie camerounaise. Mais, ce que nous pouvons dire, c'est que le secteur financier camerounais reste relativement isolé, donc non connecté avec les Etats-Unis et l'Europe. Donc, les canaux de transmission les plus importants seront probablement au travers des exportations. Nous pensons que l'Asie continuera à être forte demandeur des matières premières, donc les cours devront être maintenus.

Cependant, l'Europe est un marché important pour les exportations camerounaises et il se pourrait qu'on observe un déclin des exportations pour la fin de l'année ou l'année prochaine. Les Camerounais à l'étranger sont également importants et on pourrait assister à une baisse des transferts d'argent si la population camerounaise de l'étranger verrait leurs revenus diminuer ou perdre leur emploi. Plus généralement, les mesures d'austérité dans les finances publiques vont probablement se refléter par une baisse de l'aide au développement. Dans ce cas-là, le Cameroun est relativement protégé, parce que l'aide au développement ne représente pas une part importante du financement du budget.

Q : Pensez-vous que cette baisse prévue des exportations vers l'Europe puisse être compensée par la forte demande asiatique ?

R : Je crois qu'il est trop tôt pour avoir une idée très précise, mais effectivement le Cameroun a essayé de diversifier ses marchés d'exportation récemment, en exploitant plus par exemple le bois vers l'Asie. Donc, cela représente une certaine protection par rapport à une baisse des exportations vers la zone euro ou les Etats-Unis.

Q : L'année dernière, le gouvernement camerounais a lancé pour la première fois un emprunt obligataire de 200 milliards de francs CFA. Il y a un autre de 150 milliards prévu cette année. Le fait d'emprunter sur des marchés financiers signifie-t-il que le pays est crédible ?

R : Tout à fait. Je crois que c'était un grand succès de pouvoir mobiliser 200 milliards, donc c'est 1.8% du PIB (produit intérieur brut). Ce n'était pas une petite émission pour une première fois dans un marché d'emprunt CFA en pleine naissance. Donc, je crois que c'était un signal très fort sur la capacité de mobiliser les investisseurs privés, étant une capacité effectivement que la signature du gouvernement camerounais s'est bien améliorée ces dernières années.

Q : On a entendu des commentaires faisant état de réticences de la Banque mondiale au sujet des grands projets d'infrastructures entrepris par les autorités. Qu'en est-il aujourd'hui ?

R : Comme vous avez probablement pu lire dans nos "Cahiers économiques", les infrastructures posent un frein important au développement du Cameroun. Donc, nous sommes engagés avec nos partenaires dans le développement des transports, de l'énergie, des télécommunications. Nous espérons que ce partenariat pourra réduire les obstacles que les infrastructures inappropriées posaient encore pour le développement du pays. Nous sommes en discussion avec tous les partenaires et les dossiers avancent avec satisfaction.

Par Raphaël MVOGO

Source: xinhua

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