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Français>>AfriqueMise à jour 12.09.2011 12h47
La crise libyenne sème un climat de méfiance entre Niamey et Tripoli (SYNTHESE)

Entrée massive d'importantes colonnes de l'armée loyaliste libyenne et de plusieurs proches de Kadhafi en territoire nigérien, représailles en Libye sur des noirs dont des Nigériens accusés d'être des mercenaires recrutés par Kadhafi pour mater les insurgés, mise à sac de l'ambassade du Niger à Tripoli.

Depuis l'éclatement du conflit libyen, les relations entre Niamey et Tripoli traversent un malaise certain. Le gouvernement nigérien était certes l'un des premiers de la sous-région à reconnaitre le Conseil National de Transition (CNT) comme la seule et unique Autorité légitime du peuple libyen, alors même que les combats entre insurgés et armée loyaliste étaient loin d'être finis.

Cependant, les informations faisant état depuis un certain temps de l'entrée massive de plusieurs proches de Kadhafi dont son propre chef de sécurité, M. Mansour Daho, ainsi que d'importants convois de plusieurs centaines de véhicules lourdement armés, en fuite, plus ou moins démenties par le gouvernement, ont été mal accueillies par les nouvelles autorités de Tripoli.

En effet, le gouvernement nigérien a effectivement reconnu mercredi l'entrée sur son territoire seulement de quatre véhicules avec à leur bord 18 personnes dont 5 Nigériens, depuis l'éclatement de ce conflit.

Parmi ces fugitifs auxquels Niamey a d'ores et déjà offert l'asile figurent, en plus du général Mansour, l'ancien chef rebelle du Mouvement Nigérien pour la Justice (MJN), Aghali Alambo qui aurait recruté des compatriotes afin d'aider à mater les insurgés.

Toutefois, les autorités nigériennes démentent les déclarations de la presse et des membres du CNT depuis Tripoli selon lesquelles Mouammar Kadhafi se trouverait sur le territoire.

En outre; lors d'une interview diffusée mercredi sur une radio internationale à partir de la capitale algérienne où il prenait part à la conférence internationale sur le terrorisme au Sahel, le ministre nigérien des Affaires étrangères, M. Mohamed Bazoum (lui-même arabe), apporta quelques nuances, reconnaissant l'entrée en territoire nigérien de "quelques groupes (de convois) d'une dizaine de véhicules chacun" transportant aussi bien des civils que des militaires.

En tout état de cause, s'agissant des Libyens qui arrivent en territoire nigérien, le gouvernement a réaffirmé mercredi que ces derniers sont accueillis pour des raisons humanitaires.

Dans une autre déclaration le même jour sur la BBC, le ministre Bazoum, tout en réaffirmant que Kadhafi n'était pas entré au Niger, a dit que son pays ne peut pas fermer sa longue frontière (environ 1000 km) avec la Libye pour empêcher Kadhafi de fuir éventuellement vers le sud.

Le Conseil National de Transition (CNT), qui fait office de gouvernement intérimaire en Libye, a demandé la coopération du Niger pour empêcher Kadhafi de s'enfuir.

Une délégation du CNT se rendra bientôt à Niamey, selon son Responsable des affaires politiques, Fathi Baja, pour demander aux autorités nigériennes de sécuriser la frontière pour empêcher une fuite vers le Niger de Kadhafi et sa famille.

"La frontière est vaste, et nous disposons de moyens très limités," a tout simplement réagi le chef de la diplomatie nigérien.

Pendant ce temps, après les images abominables montrées sur les différentes chaines de télévision des massacres des noirs dont des Nigériens, perpétrés par les rebelles Libyens venus de Benghazi et d'autres villes libyennes, on apprend jeudi à Niamey de source diplomatique, la mise à sac de l'ambassade du Niger à Tripoli mercredi après-midi par des individus qui ont emporté tout le matériel électroménager et électronique, ainsi que d'autres objets de valeurs. Les vandales proféraient des menaces xénophobes à l'endroit du personnel trouvé sur place.

Parallèlement, la crise libyenne a considérablement accru l'insécurité dans toute la bande sahélienne. Nécessité absolue pour Niamey de collaborer avec Tripoli pour lutter contre le terrorisme dans la sous-région

La prolifération des armes très redoutables dans toute la bande sahélienne qui a suivi la déroute des combattants de Kadhafi, (armes lourdes et légères, missiles, mines...), inquiète particulièrement le Niger, qui partagent une longue frontière très poreuse avec la Libye.

Les conséquences sont énormes sur la sécurité dans la zone nord du Niger, déjà meurtrie par plus de deux décennies d'activités de rebellions touarègues armées.

Au sein des populations, l'inquiétude est grande et la préoccupation est partout pareille, celle de voir la résurgence des conflits dans cette bande, avec le retour au pays, armes à la main, de tous ces jeunes touaregs ayant combattu dans les rangs du régime déchu du guide libyen.

Ce retour au bercail de grands mercenaires tels que Aghali Alambo du MNJ (mouvement armé touarèg), recruté par Kadhafi, l'ancien chef des Forces Armées Révolutionnaires du Sahara (FARS, rébellion toubou), M. Barka Wardougou, ayant combattu aux cotés du CNT, avec troupes et arsenal de guerre, auxquels viennent s'ajouter les forces libyennes pro-Kadhafi, qui se sont repliées sur le Niger, la menace quotidienne d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) et bien d'autres trafiquants de tout genre, c'est la stabilité dans cette bande, voire dans toute la sous-région qui sera incontestablement ébranlée.

C'est à juste titre que le ministre nigérien des Affaires étrangères Mohamed Bazoum déclarait mercredi à l'ouverture d'une conférence internationale à Alger consacrée à cette région, que "la crise libyenne a transformé le Sahel en poudrière".

Cette conférence, rappelle-t-on, a été organisée par l'Algérie à la demande des pays dits du "champ", en référence aux quatre pays sahéliens -Algérie, Niger, Mali et Mauritanie, touchés par le terrorisme, le crime organisé transnational et la pauvreté.

La Libye étant un pays voisin, partageant une frontière longue de 1000 km avec le Niger, le gouvernement du président Mahamadou Issoufou doit nécessairement composer avec les nouvelles autorités du CNT pour pacifier cette région et lutter efficacement contre le terrorisme au sahel. La sécurité régionale est ce prix.

Les relations d'avant la crise entre la Libye et le Niger ont été marquées pendant près de quarante ans, certes par quelques soupçons, mais particulièrement par l'entraide. Dans le cadre de la coopération bilatérale, à travers la commission mixte nigéro-libyenne de coopération, il faut souligner la signature et l'exécution de plusieurs accords toutes tendant à renforcer les relations entre Niamey et Tripoli, dans tous les secteurs.

Source: xinhua

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